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Vous êtes à > Nos dernières lectures > Vitrine d’octobre 2005
De sa naissance en Allemagne en
1929, à son départ pour la Hollande puis à son
installation dans la cachette où elle vivra avec les siens
durant deux longues années, avant d’être
dénoncée et déportée avec ses parents et sa
sœur à Auschwitz, tout le monde connaît
aujourd’hui la terrible et exemplaire histoire d’Anne
Frank. Son journal, écrit tout au long de sa réclusion,
conservé par l’assistante de son père et
publié par ce dernier aux
Pays-Bas en 1947, a été traduit dans plus de soixante
langues. Il s’est vendu a plus de vingt-cinq millions
d’exemplaires et fait aujourd’hui partie des lectures
scolaires « classiques ». Régulièrement des
parents, et parfois des enfants, nous le réclament à la
librairie et découvrent avec étonnement que ce livre, que
chacun croit connaître, est un gros volume de plus de trois cent
pages. Que la langue de son auteure est littéraire. Que le texte
dépasse le témoignage, qu’Anne était un
écrivain en devenir : ce qu’il nous reste
d’elle, plus que le journal d’une fillette
maligne et observatrice, c’est une véritable œuvre
littéraire dont la valeur est cumulative à celle du
témoignage, unique et indispensable.
Ces préambules pour dire que l’album de Josephine Poole et Angela Barrett a trois grandes qualités : Il s’ouvre sur une citation d’Anne Frank, preuve de son extraordinaire talent : « Maintenant, le danger et l’obscurité sont tellement imminents que, ne sachant où nous réfugier, nous nous cognons les uns aux autres. Nous regardons tous en bas où les gens se bagarrent, nous regardons tous en haut où c’est calme et beau, et entre-temps, notre cercle est isolé par la masse sombre qui ne nous pousse ni en bas, ni en haut, mais se tient devant nous, mur impénétrable, qui s’apprête à nous détruire mais ne le peut encore. » Il retrace, avec des mots simples, mais jamais simplificateurs, l’histoire d’Anne Frank et évoque habilement la grande Histoire qui se déroule autour d’elle. Celle de l’Allemagne, vaincue et humiliée, se jettant dans les bras d’un tyran plein de haine, celle de la montée de l’antisémitisme et de la déportation de millions de juifs. Ce faisant, l’album rend accessible cette histoire à des enfants pour qui la lecture du texte d’Anne est encore difficile, et sûrement avive leur désir de s’y confronter. Enfin, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, cet album d’un grand classicisme, est très beau. Les images sont sobres et la lumière qui inonde la première page, celle où l’on voit Margot, penchée sur le berceau de sa sœur Anne, cède rapidement la place à des couleurs comme assourdies, rendues presque sales par la tristesse et la peur. Et lorsque la lumière apparaît encore c’est comme pour mieux souligner l’enfermement, social et bientôt physique, dans lequel vit la famille Frank. Sur l’avant dernière image, Anne, entourée de soldats, regarde le lecteur, nous regarde de ses yeux tristes et profonds, comme un appel par-delà le temps, à ne pas oublier. par Ariane Tapinos
PS : A lire et relire : Anne Frank, Journal, Le Livre de poche, texte intégral, dernière édition juillet 2004, 350 pages, 6,40 €
Date de publication de l'article : lundi 3 octobre 2005. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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