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Vous êtes à > Nos dernières lectures > Vitrine de l’été 2005
L’École des loisirs poursuit la (ré)édition des œuvres de Robert Cormier, en nous offrant aujourd’hui un texte écrit en 1979, dont le sujet apparent - une prise d’otages, une jeune femme et seize enfants américains séquestrés dans un bus par quatre terroristes - pourrait justifier l’actualité. Mais résumer ainsi Après la première mort , ce serait un peu comme faire de Crime et Châtiment un élément à charge dans un dossier télévisé sur la peine de mort... Cormier nous parle certes de terrorisme et de raison d’État, mais il fouille moins les zones obscures de la société que celles des hommes qui la composent, où plutôt - et de manière aussi magistrale que dans De la tendresse - il ne sépare pas l’une des autres et ne se pose jamais en moraliste de comptoir. L’auteur ne juge ni ne condamne, il se coule dans chacun de ses personnages (les « bons » et les « méchants »), nous livrant leurs faiblesses, leurs croyances, leurs rêves - aussi dévoyés soient-ils. De l’intimité la plus triviale (gros complexes ou petites hontes) aux stratégies révolutionnaires et autres manipulations médiatico-politiques, l’auteur nous dépeint des personnages entiers, complexes et forcément contradictoires - ainsi les deux adolescents, le fils de général et le preneur d’otage, versants « positif » et « négatif » du héros, ont en commun un désir pathétique de plaire à leur père, réel ou supposé, dont ils soupçonnent pourtant la monstruosité. Cormier « fait » de la littérature et pas du livre à thème. Sa manière témoigne d’une confiance en l’intelligence du lecteur que certains pourraient juger dangereuse (mais où est le plus grand risque : prendre son lecteur pour un sot et abuser du didactisme ou supposer que chacun peut trouver son chemin dans la complexité de l’âme humaine ?). Pour ces raisons et par la neutralité trompeuse du style (limpide simplicité de l’écriture), le roman est à recommander aux lycéens, capables du recul nécessaire face à la séduction de l’identification, et aptes à formuler la « morale » de l’histoire sans qu’elle soit énoncée noir sur blanc. Mais il concerne véritablement les adolescents, car, qu’il parle de l’amour, de la mort, du terrorisme ou d’un serial killer, Cormier aborde toujours les problèmes essentiels du passage à l’âge adulte : la nature et la culture, le poids des origines (sociales, culturelles, familiales), et cette question, récurrente : comment trouver sa route entre le maquis des possibles et les voies toutes tracées... Finalement s’il n’y avait qu’un thème à retenir, ce serait celui de la liberté. par Corinne Chiaradia
Date de publication de l'article : lundi 4 juillet 2005. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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