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On avait quitté la
« grosse patate » souriante et heureuse. On la retrouve
prise entre douleur et bonheur. Si tous les romans de Susie Morgenstern
ont un côté autobiographique assumé, celui-ci
(peut-on encore parler de « roman » à son propos ?)
est le seul où affleure une grande souffrance à peine
compensée par d’immenses plaisirs. Susie Morgenstern va bien au delà de l’objectif assigné par l’éditeur à cette collection : « de grands auteurs de la littérature de jeunesse parlent (...) de leur propre adolescence ». C’est un plaisir et une souffrance qui traversent sa vie entière qu’elle nous livre avec rage, avec un acharnement qui frise la flagellation. Susie aime manger, de tout, tout le temps. Faire des kilomètres pour déguster une glace ou avaler la moitié de la pâte avant de la faire cuire. Des choses bonnes, qu’elle savoure en connaisseuse, des tas de choses inutiles, qu’elle engloutit frénétiquement, mais pourtant indispensables à assouvir cette soif de manger. Mais manger, engloutir, baffrer, est aussi une souffrance sans cesse renouvelée. Une souffrance qui appelle toutes sortes de régimes, de privations, de tentatives d’être dans la norme. Une lutte constante et simultanée au plaisir de dévorer. Avec une étonnante et douloureuse franchise, elle se pose les questions du pourquoi, comment est-elle devenue cette ogresse jamais rassasiée, avide des plaisirs de la vie. Sa mère ? Ses sœurs ? Son enfance ? Elle avoue ses luttes et ses abandons. S’interroge sur sa vie de bonheur qui pourtant ne lui a jamais apporté l’apaisement du ventre. Alors que tous les ouvrages destinés aux adolescents (devrais-je dire adolescentes ?) qui traitent doctement des troubles alimentaires, ne parlent que de douleurs, d’obsessions morbides, de corps qui font mal à l’âme, l’incroyable « confession » de Susie Morgenstern a l’honnêteté de dire aussi le plaisir, la joie, le partage, l’enfance sucrée, qui sont inséparables du mal. Ce faisant, elle tient un propos de vérité un peu dur à digérer pour ces ados qui espèrent encore qu’ils seront des adultes débarrassés de leurs souffrances d’enfance. Un livre plein, splendide et terrifiant à la fois. par Ariane Tapinos Date de publication de l'article : vendredi 10 février 2006. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. | Librairie membre de | ||
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