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Vous êtes à > Nos dernières lectures > Vitrine de l’été 2007
« Il y avait une fois, un
homme qui était vert comme l’herbe, et qui n’avait
qu’un œil, au beau milieu du front. » Ainsi débute « Le Roi des corbeaux
», qui ouvre ce recueil et voit une très jeune fille
enlevée à sa famille à dix ans à peine,
mariée de force au roi des corbeaux, patientant sept ans (moins
un jour !) dans l’isolement, avant de s’enhardir et sauver
son mari et son peuple d’un enchantement.
On plonge dans ces contes avec beaucoup de plaisir et l’on se délecte des aventures qui ont pour cadre le Gers, Lectoure, Auch. Le lecteur se fait complice de la belle meunière et de son pou qui lui parle à l’oreille (avant bien sûr de se transformer en jeune homme) ou des ruses déployées par Etienne l’habile pour percer le secret du coffre en peau de punaise engraissée par une princesse. Imagerie populaire et imagination débridée sont au rendez-vous, de sorte que les personnages nous semblent à la fois familiers et fantastiques. L’action est rapide, la psychologie élémentaire et les détails savoureux … et parfois particulièrement cruels. Ainsi l’aventure de l’apprenti forgeron qui se fait scier les pieds par son maître l’homme-loutre : sept ans et quelques pages plus loin, le jeune homme mangera la peau de son tortionnaire à son banquet de noces ! Autre plaisir : même s’il est plusieurs fois fait référence à l’église, à la prière et au « bon catholique », ces contes ne prêchent guère la soumission. L’on s’amuse et l’on tremble à la lecture des moyens, parfois retors, parfois très expéditifs, employés par leurs héros : bref si la morale est sauve (méchants, lâches et avares seront punis) les techniques ne sont elles pas toujours très catholiques. La curiosité – qui est un bien vilain défaut, non ? – est souvent récompensée dans cet univers où sont valorisés les jeunes gens « beaux, forts et hardis » : autrement dit, filles et garçons ne sont jamais trop curieux quand il s’agit de prendre leur destin en main ! Une curiosité enfin : le conte de « La Reine châtiée », le seul du recueil qui ne voit pas triompher le héros. Un jeune prince est battu et enfermé par son père, pour le rendre sage… Le roi vient à mourir, empoisonné par sa propre femme et mère du prince. La reine ne veut partager avec personne son territoire et son emprise sur le jeune homme. Tourmenté par le fantôme de son père, qui réclame vengeance, le nouveau roi prend la fuite… mais finira quand même par assassiner sa mère ! À noter qu’entre-temps il a réussi à envoyer sa fiancée au couvent, la condamnant à prendre le voile noir, prier Dieu pour son ami « jusqu’à ce qu’on (la) porte au cimetière » ! Après quoi, ce roi raté « on ne l’a jamais revu, jamais ». Un petit air de tragédie shakespearienne au parfum oedipien étonnant. par Corinne Chiaradia
PS : J.-F. Bladé, né en 1827, a publié ses contes
populaire de la Gascogne en 1885. Ils ont donné lieu depuis
à de multiples éditions, adultes et jeunesse,
illustrées ou non. L’École des loisirs nous propose une
sélection de 7 contes choisis et adaptés par Nathalie
Daladier, avec des illustrations d’Alice Charbin. Ils prendront
bonne place à côté des Contes des landes de Gascogne
de Félix Arnaudin, déjà présents à
L’école des loisirs, dans la même collection.
Date de publication de l'article : lundi 16 juillet 2007. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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