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Kamel, Karim et Kader, quinze
ans chacun, habitent une cité. Ils ont chacun leurs rêves,
leurs idéaux (l’un est obsédé par les films
de Jackie Chan, l’autre croit « trimballer de la dynamite » en exhibant un cartable orange « bourré de bonnes notes et de félicitations
», le troisième est obsédé tout court, par
les filles évidemment). Les trois « K » signent leur
amitié au nom du « Couscous Clan », leur gang,
inoffensif mais sûrement pas innocent, ni dupe ni cynique. Le
roman retrace leur rencontre avec une équipe de cinéma,
tournant une superproduction moyenâgeuse au pied d’une tour
vouée à la démolition. Une rencontre explosive,
mais les étincelles n’auront pas toutes lieu où on
les attend le plus. Beaucoup d’énergie et d’humour vengeur dans ce roman de Guillaume Guéraud, qui frôle parfois la caricature, sans y tomber. Disons que le trait est parfois appuyé (le maire communiste d’un autre âge, la star de cinéma hystérique…), mais que le plaisir l’emporte dans les portraits hauts en couleurs mais plein d’affection pour les trois « K » et leur cité. À propos de cité, celle-ci se nomme le Grand Parc (quartier bordelais bien connu) mais emprunte traits et protagonistes à bien d’autres quartiers français (remerciés par l’auteur en introduction). La cité (tours, habitants et règles non écrites) est bien l’un des personnages principaux du roman : elle n’est pas prise d’assaut par une équipe de tournage qui débarque en conquérante, mais elle l’accueille… à sa façon. Sa façon : méfiance, admiration, ironie, manipulations, charmes et détournements en tous genres (d’enjoliveurs et d’acteurs). Comme il ne s’agit pas seulement de régler des comptes (avec l’image stéréotypée de la banlieue et de sa faune, et avec le mythe d’un certain cinéma populaire-populiste « dont les scénario ne font pas plus de trois lignes… comme ceux des pornos »), la rencontre se fera aussi sur le mode de l’échange, de l’influence et de la découverte mutuelle. La lecture réserve bien des surprises et un très bel hommage à John Cassavetes : Kader, l’obsédé sexuel au grand cœur, dont le film de chevet est La Belle et la bite (sic.), sera bouleversé par la vision de Faces, qui lui donnera la force de tomber le masque face à la belle Yasmine… par Corinne Chiaradia PS : Pour ceux que cela amuse, le
texte est bourré de références
cinématographiques, positives ou assassines. Ainsi les noms des
personnages : Marc Bassin - Luc Besson même combat (le dernier),
Carla Jlovobien évoque Milla « Je le vaux bien »
Jovovitch, Yann Kasso est à mi-chemin entre Jan Kounen et
Kassowitz, ajoutez Mike Gamon/Matt Damon, Virginie Lejeune/Ledoyen,
Romain Boris/Duris etc. Mais là où se porte
l’admiration de l’auteur, les noms sont inchangés :
Faye Dunaway et surtout Seymour Cassel, acteur et ami de John
Cassavetes, qui fraternisera avec la bande et… aura les honneurs
du couscous. Date de publication de l'article : mercredi 25 janvier 2006. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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