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Ça commence par un
carnage : cinq morts, dont un enfant, deux blessés dans un
état grave et un blessé léger si on compte le
tireur, Martial, un jeune lycéen. Le premier chapitre se ferme
sur ce décompte macabre et celui des armes utilisées par
Martial : fusil, pelle, marteau... Les onze chapitres qui suivent
racontent, à rebours, les événements, ou les
non-événements, qui ont conduit Martial à la folie
meurtrière. Mais rien ne sert d’y chercher une explication et
d’emblée Guillaume Guéraud, par la voix de son «
héros » nous avertit : « des raisons on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille. Mais c’est pas mon boulot
». Certes la violence est partout dans le village de Mortagne
où, depuis aussi loin qu’on s’en souvienne, les vignerons
s’opposent aux travailleurs du bois. Certes Frédo Lopez, le
contremaître de la scierie, traîne sa haine depuis sa
sortie de prison et tous s’accommodent de le voir prendre Terence, le
« pleu-pleu du patelin
» comme souffre douleur et exutoire à sa rage violente.
Tous, sauf Martial qui ne supporte pas de retrouver, à deux
reprises, Terence tabassé par Frédo et son frère
Arnaud dans un partage morbide censé sceller leur
réconciliation. Alors le jour du mariage d’Arnaud, Martial
fracasse la tête de Frédo avec une pelle et tue tous ceux
qui croisent son chemin. Voilà pour l’histoire, et je vous en épargne les détails les plus sanglants. L’écriture est sèche, sans fioritures. Guillaume Guéraud nous plonge avec talent dans une atmosphère de violence sourde, de misère morale. On pourrait être dans un bon Chabrol. Ce village du Sud-Ouest (le vin, le bois, les patronymes...) où les fusils sont partout présents est une invention bien réelle. Et on sait gré à Guillaume Guéraud de parler de cette violence-là, celle des campagnes, celle d’une France rurale enclavée et abandonnée à son isolement. Pourtant, on ne cesse de se demander à qui donc s’adresse l’auteur ? On referme ce court roman au bord du malaise, sans comprendre pourquoi un tel roman paraît dans une collection de littérature pour adolescents. Il n’est pas question ici de dire que les adolescents devraient être tenus dans l’ignorance de la violence du monde dans lequel ils vivent, ni de leur interdire des lectures, après tout ils sont nombreux et heureusement à lire des livres parus dans des collections pour adultes. Mais, puisqu’il existe une littérature qui leur est spécifiquement destinée, c’est, on peut l’espérer, que l’auteur qui choisit d’écrire pour eux donne un sens à cette écriture-là. Or, comme pour ce qui est des raisons du geste de Martial, dont Guillaume Guéraud nous dit que ce n’est pas son boulot que de les donner, il semble nous dire que se préoccuper de ce sens-là ce n’est pas son boulot non plus. En effet, peut-on s’adresser à des êtres en devenir et leur asséner un propos aussi dépourvu d’espoir ? Peut-on livrer cette violence-là sans explications ? Est-ce que la limite n’est pas que le nihilisme peut attendre ? On sent bien une certaine fascination de l’auteur pour la violence et la folie, et si parfois, dans d’autres ouvrages, elle a pu nous paraître un rien fabriquée, elle est ici au service d’une écriture dont les qualités ne sont pas en cause. Je ne mourrai pas gibier est un roman fort, tragique et beau mais ces qualités n’en font pas moins un roman dont la publication dans une collection (certes qualifiée de « noire » par l’éditeur, mais on n’avait pas l’impression jusque là que le Rouergue publiait des romans roses) destinée à des lecteurs adolescents pose question. C’est l’occasion de nous interroger une fois encore sur la nature-même de cette littérature en plein essor. par Ariane Tapinos Voir en ligne : Un débat sur le sujet s’est engagé sur le site de citrouille. N’hésitez pas a aller y jeter un oeil. Date de publication de l'article : samedi 11 février 2006. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. | Librairie membre de | ||
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