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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Roman jeune lecteur
Jusqu’au bout de la peur
souligne

Moka
Éd. L’École des loisirs, coll. Neuf, sept 2004
247 pages - 11,50 €
Pour échapper à l’assassin de leur père, deux enfants - Quentin « petit bonhomme raisonnable » et sa cadette, Garance, 9 ans, rêveuse et intrépide - se lancent dans une folle échappée, sur terre, sur l’eau et sous la lune (une grande partie du roman est nocturne). Ils vont devoir vaincre la peur, les éléments déchaînés, l’entêtement de leur poursuivant, ils devront surtout choisir à qui accorder leur confiance et garder espoir...

Voilà un roman palpitant, riche de moult rebondissements, de plusieurs morts (vraies ou fausses...), et porté par des personnages - comme toujours chez Moka - très bien dessinés (les deux jeunes héros, bien sûr mais aussi des « rôles secondaires » savoureux (mention spéciale à Vatrena la copine de la mère des enfants, et au pompier émotif qui recueille Mojette, le «  chat de bot »). Moka embarque ( !) les lecteurs dans une éprouvante Nuit du chasseur poitevine, avec une vieille maraîchine dans le rôle de Lilian Gish, un chat plutôt qu’une poupée et le marais, les inondations, la crue de l’Autise et une tempête océane en lieux et places des méandres du fleuve Ohio. L’hommage au film de Charles Laughton (adapté d’un roman de Davis Grubb) est évident dès la couverture (quasi reproduction d’un photogramme du film) et assez réjouissant, on « voit  » Mitchum dans le rôle du poursuiveur (un grand manteau, un chapeau, pas de pitié), à ceci près que la religion n’y joue pas le même rôle. Bien sûr, le jeune lecteur n’a pas « besoin » de ces références pour apprécier l’histoire, mais l’on pourra projeter le film aux plus grands (à partir onze ans). La présence très sensible des éléments et l’inscription des aventures dans le décor du marais est très réussie (un peu trop peut-être : on sourit parfois à ce marais poitevin auquel ne manque pas un peuplier blanc, pas un oiseau, pas une loutre, pas une goutte d’eau...), avec un supplément de plaisir lié au vocabulaire imagé du patois poitevin : la plate, la pigouille, le batai, le trainou, la maraîchine, bot, contrebot… et autre mojettes.
par Corinne Chiaradia
PS : Dans la série «  Mon écrivain préféré », L’École des loisirs publie un joli portrait de Moka par elle-même, qui livre autant de clefs que d’énigmes à son œuvre. Une lecture très intéressante en complément de son dernier opus (l’auteure y évoque notamment ses croyances et l’omniprésence de l’eau dans ses écrits... qui atteint ici une sorte de record !).

Date de publication de l'article : décembre 2004.

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