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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Album pour les grands
L’Île
souligne

Armin Greder (texte et ill.)
Traduit de l’allemand par Gaëlle Toquin et Claude Dagail
Éd. La Compagnie créative, octobre 2005 - 15 €


Un jour un homme venu sur unradeau de fortune débarque sur l’île. Les habitants del’île l’observent et s’interrogent sur le sort à luiréserver. Certains, les plus nombreux, veulent le renvoyer parlà d’où il est venu et le jeter à la mer. Lepêcheur s’interpose en leur expliquant que cela reviendraità le condamner à une mort certaine. Les habitants del’île décident finalement de le recueillir et leconduisent dans une étable dont ils ferment la porte àclef. Satisfaits, ils retournent à leurs occupations. Jusqu’aujour où l’étranger s’étant échappéarrive dans les rues du village et déclenche, par sa seuleprésence, une émeute. L’homme parvient pourtant àleur faire comprendre qu’il a faim et le pêcheur àconvaincre les îliens qu’il faut le nourrir, faute de quoi ilmourra tout aussi sûrement qu’abandonné àl’océan. Mais les habitants de l’île résistent etexpliquent « nous ne pouvons tout de même pas nourrirtoutes les bouches qui nous arrivent ». Le pêcheur aalors une idée : il faut employer l’étranger pour qu’ilgagne sa pitance, tout en le payant bien moins qu’un autochtone. Maislà encore la méfiance l’emporte et doutant descapacités de l’inconnu, les habitants décident finalementde lui donner les restes destinés aux cochons et de l’enfermerde nouveau dans l’étable. Seulement maintenant ils savent quel’homme est dans leur village, ils pensent à lui sans cesse, saprésence invisible sert à effrayer les enfants pas sages,et c’est comme s’il était partout. La peur grandit peu àpeu et les habitants de l’île décident que l’homme doitpartir. Ils le jettent à la mer sur son embarcation de fortune.Ils brûlent le bateau du pêcheur qui les avait convaincusd’accueillir l’étranger et ils tuent tous les oiseauxtémoins de leur méprisable forfait.

La parabole est un peu appuyée mais très efficace. Onpense bien sûr à ces africains rejetés sur lesplages des côtes européennes. On pense aussi à tousles discours haineux qui entretiennent la peur de l’autre et justifientle pire. Des discours qui se portent haut ses derniers temps, comme dansles années les plus sombres de l’histoire récente.
Les dessins sont très beaux, très sombres. Lamanière qu’ils ont parfois de contredire le texte estsaisissante, comme lorsque les habitants de l’île« recueillent » l’inconnu alors qu’on les voit lepousser de leurs fourches vers l’étable où ils vontl’enfermer. Le contraste aussi entre l’homme maigre et nu et lesîliens gros et ventripotents, engoncés dans leurs habitsgris, est très parlant. À signaler également la mise en page : fonds blancs sur lesquelsse découpent les dessins au crayon, ou plusieurs vignettes surfonds de couleur qui occupent le centre de la page et racontent unmoment de l’histoire. Par son contenu comme par sa forme, L’île est un album difficileet rare qui tranche dans la production de la fin de l’année2005. 

par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : samedi 11 février 2006.

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