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Vous êtes à > Nos dernières lectures > Vitrine de l’été 2007
Adolescent indocile, cela fait
des années que Stephen est ballotté de foyers sordides en
familles d’accueil. Il serait bien resté chez sa Mamy, en
compagnie de ses deux frères, Sunny et Charlie, mais on ne lui a
pas demandé son avis, alors il s’adapte. Depuis trois
ans il vit chez les Reynolds, une famille «
modèle » dont la fille aînée, Carol, reine
du mensonge et des coups bas, prend un plaisir certain à
tourmenter Stephen, tandis que le jeune Rob, onze ans, cultive avec
délice un goût prononcé pour les femmes
nues… Mais cette famille n’est pas le problème
principal de Stephen. Il y a aussi le manque d’argent, les
boulots humiliants, les rares visites de son père, vagabond
alcoolique, la suspicion générale – qu’un
incendie survienne en ville et Stephen sera le premier
soupçonné… Mais cela, encore, n’est rien
à côté des soucis que lui procure son «
p’tit gars ». Ce « gars » est un vrai
cauchemar : quatre mètres de long sous une sombre carapace
écailleuse, une gueule immense et affamée… Depuis
longtemps Stephen le nourrit et le protège de son mieux, tenant
l’animal caché dans une sorte de cage immergée dans
un réservoir, près d’un lac. Un secret très
lourd à porter, beaucoup trop lourd quand la bête vient
à s’échapper…
Le titre et la couverture du livre font croire de prime abord à un roman « fantastique » un peu racoleur, du type « adolescent luttant contre les forces du mal concentrées dans le corps d’une bête surgie de la Préhistoire ». Nous vous y laissez pas prendre, mais jetez-vous quand même sur ce roman palpitant, embarquant son lecteur dans l’intimité d’un gamin de la Ddass (enfin, son équivalent anglais). Venez faire connaissance avec Stephen, qui tente avec l’énergie du désespoir un grand écart entre la société british, petite-bourgeoise, bien pensante et la peur panique de déclencher un massacre dans cette population qui pourtant se fiche pas mal de lui… Écrit à la première personne, dans un style très direct, le roman se partage, en gros, en deux parties : avant et après la fuite du crocodile. Dans la première, Stephen est seul, et nous présente son quotidien au jour le jour, ses projets, toujours fluctuants, et livre des bribes de son passé. Après la fuite de la bête, Stephen trouvera quelques soutiens, fragiles. Évitant la leçon de morale et sans angélisme aucun, l’auteure tisse au fil des pages le portrait d’un adolescent à fleur de peau, en lutte contre ses démons – intérieurs et extérieurs – et terriblement attachant, y compris dans ses maladresses et ses mauvais choix. Il faut attendre les dernières pages pour comprendre certaines apostrophes au lecteur (quand Stephen lui dit « tu ») : ce que l’on avait pris au départ pour une figure de style agaçante – une manière facile d’aguicher l’ado-lecteur – trouve une explication dans le passé du héros. Pour son premier roman, Ally Kennen n’a rien laissé au hasard ; on lui souhaite d’en écrire beaucoup d’autres. par Corinne Chiaradia
Date de publication de l'article : lundi 16 juillet 2007. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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