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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
roman ado
La Saison des singes
souligne

Marie-Sabine Roger
Je Bouquine - Bayard
5,80 EUR

La narratrice se souvient de ses jeux d’enfants avec son frère et de leur rêve, quand ils seraient grands, de partir tous les deux en Afrique. Cet été-là, comme d’habitude, les parents conduisent le frère pour quinze jours en colonie de vacances, et elle reste seule à l’attendre chez ses grands parents : deux semaines de solitude, c’est long mais supportable pour Marie. Or, cette année-là, il ne revient pas. A ses questions, on répond qu’ils font un grand voyage, très, très loin...

Cette métaphore de la mort, la fillette ne la comprend pas : pour elle, c’est évident, ils sont partis sans elle en Afrique. Trahison odieuse, abandon injuste : elle est submergée par la déception, la tristesse et surtout la colère. Et, désormais, elle va attendre leur retour. Elle est recueillie par une tante adorable et gaie, elle vit dans une merveilleuse maison, entourée d’amour et d’une délicate attention de tous les instants. En apparence Marie s’adapte à cette nouvelle vie. Mais pourquoi ses parents n’écrivent-ils pas ? Où sont-ils exactement ? Pourquoi tant de tristesse chez ses grands-parents ? Très vite, elle s’interdit de poser des questions car les adultes n’y répondent que par un silence fâché. Alors elle refoule la vérité qu’on lui refuse et s’installe dans la douloureuse et impérieuse attente du retour de son frère, une attente qui dévore sa vie, interdit tout projet et suspend « le balancier de son coeur ». Cinq années passent, Marie a 13 ans, son grand-père estime qu’elle est enfin assez grande pour supporter la vérité : ils sont morts tous les trois dans un accident de voiture sur la route vers la colonie de vacances. Les mots sont dits. Pour Marie c’est un immense soulagement : ainsi donc ils ne l’ont pas abandonnée, oubliée, son frère ne l’a pas trahie, sans cet accident il serait revenu, ils auraient poursuivi leur rêve d’Afrique... C’est comme si la vie reprenait son cours là où elle s’était arrêtée, bloquée par le mensonge bien intentionné des adultes. Paradoxalement, malgré le sujet abordé, la lecture de ce court roman rend heureux, pour l’évocation d’une enfance riche de sensations, de rêves, de gaieté et de tendresse, pour cet intense amour fraternel si bien et si subtilement décrit par Marie Sabine Roger, l’une de nos meilleures écrivaines, et par la joie de vivre exprimée par la narratrice.

par Mireille Penaud

Date de publication de l'article : juin 2002.

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