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Vous êtes à > Nos dernières lectures > Vitrine de juin 2007
Au tout début du monde,
on raconte que les hommes parlaient tous la même langue. Nemrod,
le tout-puissant roi de Babylone, voulait siéger sur un
trône si haut-placé que sa tête toucherait le ciel.
Il ordonna à son peuple de lui construire une tour à cet
effet. Hommes, femmes, enfants, vieillards et nouveaux-nés, tous
furent mis au travail. La tour montait, montait, et fut un jour si
haute qu’il était impossible de se parler de haut en bas. Les
gens mourraient à la tâche, et ne communiquaient plus ou
mal. Alors le Créateur envoya ses anges leur souffler au creux
de l’oreille dans de nouveaux langages. Incompréhension,
confusion, colère s’en suivirent, la tour de Babel se fissura et
s’effondra enfin dans un grand fracas. D’entre les débris, les
hommes sont ressortis, se dispersant de par le monde, en emmenant
chacun avec soi une langue différente et « mille façons de nommer la pierre, le pain, le monde ». Ainsi sont nés les alphabets et toute la merveilleuse diversité des civilisations humaines.
L’histoire de la chute de la Tour de Babel est l’un des récits de la Genèse les plus connus. L’intérêt de cet album (hormis sa très belle réussite plastique, nous y reviendrons) est de le présenter comme un vrai récit fondateur - comment les hommes ont découvert la diversité sur terre - d’y voir un cadeau du Créateur et non une punition, un début et non une fin, la fin d’une prétendue unité parfaite. Cette interprétation, sans être la plus répandue dans l’imagerie populaire, n’est pas une « nouveauté » en soi. De nombreux exégètes ou penseurs de la tradition hébraïque ont développé des interprétations similaires (l’auteure Francine Vidal cite en fin de volume Erri De Luca, Louis Ginzberg, mais l’on peut aussi faire référence à Georges Steiner, lui-même grand polyglotte). C’est toutefois - à notre connaissance - la première fois qu’elle est contée et illustrée de manière aussi éclatante dans un album à destination de la jeunesse. Les images d’Élodie Nouhen épousent pleinement le point de vue de Francine Vidal, en accentuant jusqu’à l’excès les effets de verticalité, lors dela construction de la Tour. Cette construction est peinte dans une teinte à dominante bleu-vert qui confère une sensation d’étouffement sous-marin, comme si les ouvriers-bâtisseurs tentaient non de toucher le ciel, mais peinaient à mettre à la tête hors de l’eau. Après l’effondrement de la Tour, l’apparition de l’horizon, un horizon dégagé, immense, d’une blancheur éblouissante, est un véritable soulagement. Hommes et femmes ne sont plus indifférenciés mais sortent de leurs « boîtes » en égrenant chacun son alphabet. L’album se clôt par une comptines traditionnelle québecoise (qui ne figure certes pas dans La Genèse !), comptines sur l’alphabet – ABCD, la belle Amédée , elle veut s’évader... – ornementée d’une volée de « lettres », idéogrammes, signes, hébreux, cyrilliques, arabes, grecs... par Corinne Chiaradia
Date de publication de l'article : mercredi 13 juin 2007. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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