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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
roman jeune lecteur
Lapoigne et l’ogre du métro
souligne

Thierry Jonquet
Éd. Gallimard jeunesse, coll. Folio junior « Histoires courtes »
Octobre 2005, 142 pages - 4,50 €

Claude Lapoigne – Claudius Lapoignus pour les intimes, révérence faite à son passé de prof. de latin – vit au jour le jour son quotidien de clochard parisien. Lequel quotidien est grandement perturbé par l’intrusion d’un géant poilu et amateur de viande, qui dévalise violemment les bouchers et autres respectables commerçants en chair fraîche (poissonniers…). Le voleur – bientôt surnommé « le monstre », puis « l’ogre » – sévit dans de nombreux quartiers, restreignant ainsi la liberté de mouvement de Lapoigne. Car Claude le sait bien : quand on est clochard, il ne vaut mieux pas dormir à proximité du lieu d’un crime… Pour son malheur, Lapoigne croise à deux reprises le chemin du monstre, qui lui vole même ses papiers d’identité. De là à ce que la police fasse du clochard son suspect numéro un… Le pas est vite franchi, et notre héros devra faire appel à la ruse et surtout à ses amis fidèles (son putois Totor, et surtout l’innénarable mère Muzard, concierge arthritique, aristocrate ruinée, amatrice de golf et de plats hypercaloriques) pour se sortir de ce pétrin.

Pour ce qui est de l’aspect strictement alimentaire, le contenu de ce livre a de quoi suprendre, alternant les recettes de la «  débrouille » (francfort-frites chez Mustapha, boîte de ravioli et autres pilchards sur butagaz, ou encore un conseil « pour les jours de grand froid » : un bol d’huile chaude avec trois cuillères de moutarde et une cuillère de poivre gris à avaler cul sec) et les recettes roboratives de la mère Muzard, dont le secret des tripes «  façon Muzard » accommodées de vin blanc, oignons, calvados (que l’on peut remplacer par de l’eau de cologne, pour flamber), crème de marron, deux cuillères de cury, le tout à « servir très chaud sur un lit d’épinards légèrement chocolatés »… sacré programme !

Certains auteurs publient des polars pour des raisons «  alimentaires ». Ce n’est pas le cas de Thierry Jonquet, quoique dans cette histoire il soit vraiment beaucoup question de nourriture… Mêlant réalisme (la géographie parisienne, les us et coutumes des sans-abris…), caricature affectueuse (la mère Muzard et ses recettes improbables) et fantasmagorie (le monstre velu et ses chats affamés), cette enquête haute en couleurs et en saveurs se lit d’une traite. Certes, bouchers et commerçants aprécieront modestement leur portrait en poujadistes, mais il n’est pas sans intérêt que dans une bibliographie sur la nourriture figure aussi un titre où la question des repas, même traitée avec humour et distance, renvoit à celle des conditions de vie et pas seulement à l’esthétique et aux goûts…


par Corinne Chiaradia
PS : Roman publié précédemment aux éditions Nathan, coll. Pleine lune.

Date de publication de l'article : vendredi 10 février 2006.

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