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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Roman jeune lecteur
Le Bon Côté des choses
souligne

Anouk Bloch-Henry (texte)
et Olivier Latyk (ill.)
Éd. Actes Sud, coll. Les premiers romans
Sept. 2005, 79 pages - 6 €
Que se passe-t-il quand on vous apprend en plein milieu d’une attaque Cherokee, que votre papa est au chômage, « un peu nerveux » et réclame le silence ? Existe-t-il un « bon côté » à cette nouvelle situation, comme voudrait le faire croire la maman de Félix, 9 ans ?

Pas de théorisation dans ce court roman, ni même d’analyse socio-économique, mais un récit à la première personne, qui s’attache au ressenti de l’enfant. Félix, a priori plus intéressé par ses jeux avec son ami Carton, note au fil des jours les petits changements quotidiens qui suivent le grand bouleversement, abstrait pour lui : le licenciement de son père. Le silence qu’on lui réclame plus souvent, les disputes entre ses parents, la mauvaise foi et les colères subites, la télé qu’on installe dans la salle à manger pour regarder les infos, les nouvelles économies (plus de sorties avec baby-sitter)… bref il dresse le portrait de « la vie en gris » (entre le noir et le rose, Félix pense que ses parents « sont arrivés à une couleur entre les deux, pas vraiment terrible, genre gris sale  »). L’enfant accumule les dépits, les interrogations, traque les expressions nouvelles de ses parents que même son dictionnaire ne peut éclairer. Jusqu’à ce qu’un projet de vacances (un week-end en camping pour détendre la famille…) vire à la catastrophe : pluie, colère et fugue de Félix. Même à 9 ans, on a besoin qu’on vous explique les choses, et pas seulement leur bon côté. Le père sortira de sa bulle de morosité et d’agressivité, pour renouer un lien d’amour avec son fils (et éventuellement retrouver confiance, amour propre et travail).

Avec tendresse et humour, Anouk Bloch-Henry dresse le portrait d’une famille anodine, chamboulée par l’intrusion du chômage. C’est l’intérêt de son roman de s’attacher à une situation devenue « banale »  : ce sont les premiers mois sans emploi, dans un milieu très « classe moyenne » où aucune grande catastrophe n’est encore intervenue. Déménagement, séparation, humiliation profonde, manque cruel d’argent : rien de cela n’est arrivé, mais chacun y pense sans se l’avouer, la menace est tangible et Félix assez sensible pour la toucher. La conclusion du livre – versant rose – arrive comme un soulagement, une raison d’espérer : on en croit pas vraiment au coup de téléphone miraculeux, mais à la communication renouée avec l’enfant, si.
par Corinne Chiaradia

Date de publication de l'article : mercredi 25 janvier 2006.

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