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Le livre d’Odile Weulersse tente et réussit un pari difficile : opérer la synthèse d’un ensemble de textes qui constituent la geste arthurienne. Les sources utilisées par l’auteure ne sont pas exhaustives mais tout à fait considérables : au moins trois des romans de Chrétien de Troyes (Lancelot, le chevalier à la charrette, Yvain ou le chevalier au lion, Perceval ou le conte du Graal) ainsi que les ouvrages anonymes Lancelot du Lac et La Mort du roi Arthur. La tâche d’Odile Weulersse est double : sélectionner (et recréer) l’une des multiples versions d’un même épisode (la jeunesse et l’éducation de Lancelot, la fontaine aux maléfices ou le Roi Pêcheur) ; rassembler sous une forme linéaire (et non fragmentaire, comme c’est souvent le cas dans les manuscrits dont elle s’inspire) les étapes du cycle arthurien - et elles sont absolument foisonnantes. Elle entrelace avec beaucoup d’habileté les destinées de chacun des preux, qu’il s’agisse de Lancelot, Gauvain, Yvain ou Perceval. Le résultat est remarquable et le texte prend la forme d’une tapisserie dont les fils de l’intrigue s’entrecroisent savamment. Au terme du récit, le lecteur possède bien une vue d’ensemble de la légende. Pourtant, ce texte cohérent et structuré laisse filtrer l’inachèvement consubstantiel aux textes originaux (Perceval est d’ailleurs un roman inachevé) et surtout à l’œuvre d’Arthur elle-même : Odile Weulersse traduit parfaitement la déchirante mélancolie qui sanctionne l’éparpillement des chevaliers de la Table Ronde, le Graal introuvable, la mort prématurée d’Arthur. Entamée sous le signe de la conquête (d’une destinée en même temps que d’un royaume), de la fougue et de l’aspiration à un idéal, l’histoire s’achève dans une certaine désillusion qui se confond avec les brumes d’Avalon, l’île-épicentre de l’Autre Monde, où Arthur accède à l’éternité. Par ailleurs, pour être légendaire, le récit d’Odile Weulersse s’appuie sur un grand réalisme dans la description de l’univers chevaleresque et de ses rituels, mais aussi dans le quotidien des preux, qu’il s’agisse des tournois ou des repas. L’auteure respecte également la symbolique des couleurs qui codifie les rapports humains et dévoile le lien mystique qui unit le chevalier à l’univers qui l’entoure. par Boris Barbiéri
PS : Ce livre s’inscrit dans une nouvelle collection initiée chez Pocket Jeunesse par Claude Aziza et Annie Collognat, et baptisée « Les romans des légendes ». Elle se distingue par ses couvertures aux teintes bleu nuit et son objectif de mettre à disposition du jeune public, sous une forme romancée, de grands textes fondateurs. Tous les volumes sont écrits par des auteurs confirmés, avec un style d’une fluidité méritoire au vu de la complexité des sources et des récits d’origine. Sont également parus : Le Voyage d’Ulysse de Lorris Murrail et Les Trésors de la Bible de Michèle Kahn. Une collection prometteuse dont on attend avec impatience les prochains opus.
Date de publication de l'article : avril 2005. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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