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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Albums pour les grands
Petit précis de cuisine elfique
souligne

Laurence & Yannig Germain
Éditions Au bord des continents
96 pages - 28,50 euros

Au bord des continents, la Bretagne féérique.
Après dix ans d’existence, on n’est plus vraiment un jeune éditeur. Mais le travail de « Au bord des continents » n’en mérite pas moins d’être soutenu et encouragé : basés à Morlaix, également diffusés sous l’enseigne « Avis de tempête », ces Bretons trop discrets - bien que distribués par Hachette - perpétuent à travers des albums extrêmement soignés l’univers magique et mystérieux des fées, des elfes et des korrigans.
Petit tour d’horizon de leurs plus récentes parutions.

Aux éditions Au bord des continents :

- Les Korrigans et autres « Bugale an noz »
Patrick Jézéquel & Pascal Moguérou, 80 pages - 23 euros
- Les Korrigans ou les petits secrets de la lande
Pascal Moguérou, 96 pages - 25,50 euros
- Principes classiques de l’art de dresser les dragons
Kel Auffret & Yannig Germain, 132 pages - 37,20 euros
- Secrets d’émerveilles
Laurence & Yannig Germain, 76 pages - 28,50 euros

« Notre ligne éditoriale est simple : faire de beaux livres axés sur le merveilleux et le féérique, en adulte et en jeunesse ». Programme rustique mais ambitieux - et pari tenu jusqu’à présent. La marque de fabrique d’Au bord des continents, ce sont donc les étranges petites créatures qui courent les grèves comme les sombres forêts, les abords des logis comme les landes désertiques ; évoluant en un temps indéterminé par nature, entre Moyen Âge réinventé et âges plus anciens encore, où la sorcellerie et les sabbats étaient le lot quotidien. Un temps où le christianisme, mortel ennemi des korrigans, ne les avait pas chassés de l’horizon des hommes.

La grande qualité de chacun de ces albums, quoiqu’ils s’inscrivent à peu près tous dans un processus clairement narratif (une ou plusieurs histoires nous sont bel et bien contées), est de toujours nous emmener ailleurs : c’est qu’ils se préoccupent d’abord de recréer un monde sous toutes ses facettes, avec un luxe de détails effarant (la description de la sellerie d’un dragon par exemple, ou bien les recettes parfois simplissimes, parfois infiniment alambiquées de la cuisine elfique). Ainsi, « Principes classiques de l’art de dresser les dragons » est à la fois l’apprentissage d’un jeune dresseur, un traité regroupant les connaissances sur cet animal des plus étranges - un peu à la manière de ce que fit Tolkien avec le peuple Hobbit dans « Le Seigneur des anneaux » et ses annexes -, un minutieux descriptif technique des différents vols dont le dragon est capable, une collation de poèmes, etc.

D’où le caractère parfois fourre-tout de l’ensemble, dont on soupçonne toutefois qu’il a été mûrement réfléchi. Car sous la composition éclatée en apparence, repose une cohérence à chercher dans l’exploration tous azimuts d’un sujet, d’un monde. C’est le principe directeur de ce « Petit précis de cuisine elfique », compilation de recettes organisée autour du cycle des saisons, qui en révèle aussi long sur les us et coutumes des elfes que sur leurs préférences culinaires. Bien sûr, on est loin du néoréalisme (en littérature, en photographie ou au cinéma), mais les principes d’inspiration demeurent finalement assez semblables, sauf qu’ils s’appliquent à un fonds légendaire, à des créatures qui hantent l’imaginaire depuis la nuit des temps, et non à des petits blancs américains caramélisés dans leur misère ou à des pêcheurs italiens confrontés à la rudesse des éléments et à la rapacité de leurs semblables.

Pour que ces voyages en féérie soient non seulement dépaysants, mais crédibles, il fallait de grands illustrateurs. Et Pascal Moguérou et Yannig Germain le sont incontestablement. Il faut voir la science avec laquelle le premier bâtit des variations sur les faciès de ses korrigans, comment le second nimbe ses aquarelles d’une brume éternellement dorée, d’une séduction sans pareille pour s’en convaincre. Formellement, nous sommes entre les enluminures façon « Riches heures du duc de Berry » et les aventures de Prince Valiant immortalisés par le grand Harold K. Foster. Pour ceux qu’une beauté qui se donne pour évidente rebuterait, nous conseillons l’étude attentive des détails, littéralement foisonnants, qui sollicitent en permanence la rétine d’un bout à l’autre de ces pages - et on peut même dire qu’à la manière de l’impressionnisme, ce sont presque tous ces détails qui structurent l’ensemble.

S’il fallait distinguer un album parmi les autres, ce serait peut-être celui consacré aux dragons, parce que c’est probablement le plus luxuriant - mais aussi, en raison de son format, le plus onéreux : le talent de Yannig Germain, qui signe également le « Petit précis de cuisine elfique » et « Secrets d’émerveilles », y est véritablement à son comble. Un détail pour terminer : la très belle typographie gothique qui est le plus souvent employée, pourra en faire fuir plus d’un de prime abord. Sa lecture n’est pourtant pas plus malaisée qu’une autre, une fois l’œil habitué. Toutefois, de par leur ton et la bizarrerie de leur structure, nous ne conseillons pas ces albums aux moins de treize ans. Impression et exécution (papier, rendu des couleurs) en tous points dignes d’éloges.

par Boris Barbiéri

Date de publication de l'article : juillet 2004.

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