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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
conte illustré
Sous la peau d’un homme
souligne

Praline GAY-PARA (texte) & Aurélia FRONTY (ill.)
Éd. Didier jeunesse, mars 2007 - 14 €
Deux frères ont chacun sept enfants. L’aîné a sept fils et le plus jeune sept filles. Chaque matin en se rendant au travail, ils se croisent et se saluent. Le plus jeune dit à son frère : « Journée de bienfaits, père des sept lumières ! », tandis que l’aîné lui répond : « Bonjour, père des sept misères  ! ».
Un jour, alors que leurs enfants ont grandi, le frère aîné se rend au travail accompagné de la plus âgée de ses filles qui, outrée de la manière dont son oncle salue son père, lui lance un défi : «  Si tu veux savoir qui de ton fils aîné ou de moi est la misère, retrouvons-nous demain, ici, à la même heure. Nous partirons de par le monde pendant un an et un jour et celui de nous deux qui reviendra en ayant le mieux tiré profit de son voyage te montrera la vraie misère ! ».
Avec intelligence et malice, la jeune fille sème très vite son cousin et se rend chez un prince dont elle connaît « le dédain et le mépris pour les filles d’Eve ». Déguisée en homme, elle se rend vite indispensable au prince, admiratif devant son intelligence, sa connaissance des affaires militaires et fiscales et son talent aux échecs. Mais une nuit, le prince frôle la jeune fille et s’évanouit. À son réveil, il déclare à son conseiller à propos de leur visiteur : « Il monte sur son cheval comme seul un cavalier d’une immense dextérité sait monter. Il porte son manteau comme seul un noble peut le porter. Il aborde les problèmes de pouvoir, de justice, de fiscalité comme seul un homme doué d’une immense intelligence peut le faire. Mais quand son parfum effleure mes narines, il me bouleverse comme seule une femme peut le faire !  ». Le conseiller suggère au prince un moyen d’avoir, pense-t-il, la certitude que son compagnon de jeux et de discussion est bien un homme. Mais le doute revient chaque fois que le prince effleure la jeune fille travestie. Et chaque fois, le conseiller propose une idée imbécile et franchement misogyne (les femmes sont faibles, elles ont peur du sang, elles sont agitées...) pour s’assurer du sexe de leur visiteur. Ses idées sont si stupides que lorsqu’une année a passée et que le mystérieux chevalier disparaît, le prince découvre enfin que c’est avec une femme qu’il a passé de si délicieux moments. La jeune fille quant à elle, est rentrée triomphante et chargée de richesses, chez son père et l’on ignore tout de son arrogant cousin.

Pur merveille que cet album ! La finesse et l’intelligence du texte rivalise avec la beauté simple des illustrations et de leurs belles couleurs. Dans le lignée de certains albums de Didier Jeunesse, la mise en page du texte (place des mots et phrases, typographie, couleurs...) donne des clés pour une lecture à haute voix et embellit encore chaque double page.
L’histoire est longue, mais chaque mot est une savoureuse pépite pleine de malice qui fait éclore de multiples interprétations. Et c’est là que réside le plus grand plaisir de cette lecture, car si on est séduit par le propos clairement favorable à l’intelligence des femmes et à leurs capacités égales à celles des hommes, « sous la peau d’un homme souvent femme se cache » peut vouloir dire d’autres choses encore bien plus radicalement amusantes...
par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : lundi 16 juillet 2007.

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