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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Roman Jeune lecteur
Un week-end sur deux
souligne

Corinne Dreyfuss

Éd. Thierry Magnier, coll. Petite poche,
octobre 2005 – 5 €
Arthur est fils unique. Enfin, pas tout à fait, il est le fils unique du couple composé de ses deux parents, mais le petit dernier d’une famille nombreuse, une famille «  recomposée ou décomposée », enfin, une « famille des composés ». Un week-end sur deux et la moitié des vacances (« 101 jours… comme les 101 dalmatiens  »), ses deux frères et sa sœur sont avec lui. Ils forment alors cette famille nombreuse, heureuse d’être ensemble, d’ « être un tas sur le canapé, donner chacun son avis, se murmurer des noms d’oiseaux et se blottir les uns contre les autres. Rien de vraiment extraordinaire, juste regarder un film à la télé, être d’accord ou se chamailler, manger et s’embrasser avant de se coucher  ». Le reste du temps, c’est le temps de l’absence et de l’attente. Le temps du rendez-vous par webcam interposée. Le temps du fils unique, du petit garçon qui n’aime pas manquer. Le temps des formules magiques : « Lilithéotom, Lilithéotom  » pour les faire venir tous les trois et ne plus jamais repartir.

On les croise souvent dans les aéroports ces enfants migrateurs qui voyagent entre leurs parents du temps d’un couple qui n’existe plus. On les plaint parfois de devoir s’accomoder de leur deux familles, composées chacune à partir de la moitié de celle d’avant. Mais jamais on ne se pose la question de ces enfants nés après. Ces enfants dont on se dit qu’ils ont la chance de vivre avec leurs deux parents, avec une famille qu’on imagine « complète ». Corinne Dreyfuss nous raconte, avec des mots merveilleusement justes, la douloureuse attente de ces enfants-là. Ces enfants qui doivent eux aussi faire avec leur drôle de famille patchwork, à géométrie variable.

Les mots de Corinne Dreyfuss sont justes parce qu’ils sont à hauteur d’enfance, pleins d’une tendre poésie. Ils disent les petits bonheurs du quotidien qui font les grandes joies et les difficultés de la séparation et de l’attente. Et derrière le petit garçon, on perçoit la souffrance des adultes, eux aussi bien obligés de tricoter des familles avec les fils de leur histoire. Parce que, comme le dit si bien la grande Anne Sylvestre :

« On n’est pas tout neuf on a son barda
On a ses impedimenta
On n’est pas tout neuf on est tous des ex
On est tous plus ou moins duplex ».


par Ariane Tapinos
PS :  À écouter : Les Impedimenta, Anne Sylvestre

Date de publication de l'article : lundi 14 novembre 2005.

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