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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
roman ado / fantastique
V-virus
souligne

Scott WESTERFELD
Traduit de l’américain par Guillaume Fournier
Éd. Milan, coll. Macadam, 1° trimestre 2007
352 pages – 9,50 €
Cal a 19 ans. Ancien étudiant en biologie, il travaille aujourd’hui à la Garde de Nuit, une brigade très secrète, chargée de traquer les vampires cachés à New York, ou plutôt : chargée de lutter contre une épidémie virale pluri-centenaire dont les malades sont « positifs au parasite » ou en abrégé « peeps ». Cal doit remonter la filière de sa propre contamination : il est « porteur  » de la maladie, mais n’a pas développé tous ses symptômes, il ne s’abreuve pas de sang, ne vit pas entouré de rats et n’a jamais mangé quiconque (hormis des tonnes de bacon). Cal soupçonne une mutation du virus, et l’apparition d’une nouvelle race de prédateurs, des plus redoutables… Sa route va croiser celle de Lacey, étudiante en journalisme, qui a eu deux mauvaises idées : aménager (à son insu) dans l’ancien appartement d’un peep et s’attacher à Cal, à qui il est interdit d’aimer…

Cet étrange roman, pour moitié fantastique, moitié cours de biologie halluciné (et un tiers existentiel : solitude de l’adolescent) est passionnant, instructif et… divertissant. L’intrigue repose sur le postulat que le vampirisme est une maladie (non une malédiction ou une manifestation diabolique), plus précisément la conséquence d’un virus qui se transmet d’homme à homme, par morsure, relation sexuelles et par l’intermédiaire des rats. Le roman fait se télescoper les univers du fantastique et de la biologie en consacrant un chapitre sur deux à chacun des registres… et les plus grands frissons proviennent des chapitres réalistes !

En effet si le thriller médical ou l’anticipation «  épidémiologique » sont des genres connus en littérature adulte (Robin Cook en est un représentant, qui a signé d’ailleurs un Virus), la tonalité du roman de Westerfeld est originale et contourne les codes du genre. Non que le style de l’écriture soit particulièrement remarquable (il abuse même parfois des expressions « jeunes », deux ou trois trucs genre tu sais quoi, je veux dire…) mais la manière qu’il a de faire cohabiter les univers biologiques et romanesques abouti à une «  contamination » réciproque très jouissive : une part de rationalité scientifique s’immisse dans les aventures new-yorkaises et devient une clé du récit et de la progression de l’histoire et le recul romanesque et moral oriente les « portraits » de virus dans lesquels le lecteur ne manquera pas de s’identifier aux victimes (qu’elles soient escargot, fourmi, vache, homme ou singe hurleur). Le plus étonnant est que ce défi est tenu de bout en bout, et loin de susciter la lassitude par le côté répétitif du prodédé, il confère au roman une profondeur morale inattendue. Sans dévoiler la chute de l’histoire, assez inattendue (elle ne relève pas du happy end), disons que, passé la première surprise et les dégoûts instinctifs provoqués par les descriptions médicales, l’auteur replace ses “bestioles” dans leur contexte historique ou géographique : il amène le lecteur (et les héros du livre) à prendre du recul avec les symptômes individuels immédiats, pour regarder du côté des grands équilibres naturels et de l’évolution des espèces. Le livre se conclut d’ailleurs sur un hommage à Charles Darwin et à son Origine des espèces, ce qui dans un roman jeunesse américain contemporain relève d’un engagement anti-obscurantiste assez audacieux.
par Corinne Chiaradia

Date de publication de l'article : jeudi 5 avril 2007.

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