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Velours est un voleur
étrange et s’il est silencieux, comme il se doit dans sa
profession, c’est surtout pour mieux déployer son sens le plus
aiguisé : l’odorat. Velours nous raconte comment il a suivi
Colombre depuis sa sortie du théâtre, jusqu’à sa
demeure où l’attendent mari, enfants et chat. Comment il se
glisse par une fenêtre, observe et écoute les habitants
de ce bel appartement. Comment surtout, il hume, reniffle, respire tous
les parfums, toutes les odeurs de la maisonnée. Depuis le
vestibule, encombré d’œuvres d’art, il est aux aguets, à
l’affût d’une odeur, d’une sensation. Il écoute : le repas
en famille, l’histoire de pirates racontée par le père,
les enfants qui se couchent, les parents qui lisent. Le chat qui se
faufile entre ses jambes et reconnaît en lui un ami, un semblable
appartenant « à la même espèce de
hors-la-loi (...) pas liés à la possession
matérielle » et pour qui « voler est un
idéal ». Avec Velours, nous pénétrons dans l’intimité de cet appartement bourgeois cossu, meublé avec goût. Ici on reconnaît une table, là un fauteuil, une lampe ou un tableau. Pourtant Velours ignore ces coûteuses œuvres d’art, il cherche autre chose. Et ce n’est que quand un fantôme le fera fuir – seuls les fantômes n’ont pas d’odeur – qu’il révèlera au lecteur que c’est à la recherche de sa propre histoire qu’il visite les maisons des autres. À la recherche d’une odeur de son passé dont il ignore tout, une odeur qui lui dirait qui il est. Velours se dévoile ainsi au lecteur : « une recherche sans trêve me fait imaginer le jour où mon nez trouvera la bonne piste. Alors, je cueillerai dans un coin le souffle secret de la maison qui fut la mienne. Je la reconnaîtrai sans l’ombre d’un soupçon. J’arriverai là où je suis né. Et enfin je saurai vraiment qui je suis, sous le masque du voleur Velours. » Il se dégage de cet album un parfum étrange fait d’une nostalgie où se mêlent la douceur d’une soirée en famille et l’acidité de la solitude. Les images sont très belles et regorgent de clins d’œils artistiques en tous genres et de mises en abîmes ironiques, mais le texte surtout est exceptionnel. Très littéraire et, on l’imagine, très bien traduit, il rend présentes au lecteur toutes les odeurs que Velours détaille. Il fourmille d’expressions et d’adjectifs pour qualifier les fumets qui s’échappent de ce bel appartement. Les odeurs du présent et celles du passé. Celles qui s’attachent aux objets, et celles qui suivent les personnes. À la lecture du texte et de l’image, s’ajoute ici la mobilisation de notre odorat mis en appétit par ce récit. Une vraie expérience pour les sens. par Ariane Tapinos Date de publication de l'article : jeudi 11 octobre 2007. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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