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Vous êtes à > Nos dernières lectures > Vitrine de juin 2007
Donald Zinkoff a vu le jour dans « un bourg ouvrier grisâtre, à vingt kilomètres en bus d’une ville d’un millions d’habitants
». Qu’importe, le petit Zinkoff déborde de
vitalité et de curiosité, d’envie de jouer avec
tous et toutes choses, le soleil, les mots, les gens… Il a une
manière très personnelle de regarder le monde et de refuser la
bagarre. Il voudrait que tous soient heureux comme lui, et ne
remarque même pas qu’on « le remarque ». Quand
tous les enfants rêvent de gagner (à la course, au ballon,
au lancer de crachats…) Zinkoff s’en fiche de perdre.
L’école, il l’adore dès le premier jour,
même s’il peine à écrire proprement,
même si, au lieu de lever le bras pour répondre à
la maîtresse, Zinkoff crie « Hourrrraaaa ! » et
renverse son bureau de joie. Ce n’est pas grave si les autres
élèves ne partagent pas son enthousiasme et le surnomment
« Pied sauvage »
quand il court sans fin après le ballon ; pas grave non plus que
son nouveau voisin, Andrew, fils d’employé de banque, le
snobe et le rabroue : Zinkoff arbore toujours fièrement les
étoiles de papier dont sa mère le gratifie. Enfin, pas
trop grave… Jusqu’à ce jour, en fin de CM1,
où son équipe perd la course de la Fête du
printemps, par sa faute. « Nul
», le mot est lancé. Zinkoff ne fait plus rire les autres.
Il se met dès lors désespérément à
la recherche d’un « meilleur ami »…
Un roman passionnant, émouvant et très, très bien écrit. Au fil du récit de la vie de cet étrange petit bonhomme, du CP à la 6e, chaque lecteur peut reconnaître en lui un petit bout de Zinkoff : n’importe quel enfant a fait l’expérience d’un rire mal placé, d’une adoration démesurée pour un maître ou un faux-ami, de maladresses, petites bizarreries et gros secrets, ou d’un décalage entre ambiance familiale et scolaire… Évidemment, Zinkoff les accumule plus que quiconque, mais chaque stade de son évolution résonne en nous d’un air connu. Si ce personnage extravagant, hors normes, nous est totalement familier, c’est aussi que jamais l’auteur ne lui colle une étiquette stigmatisante qui l’enfermerait dans un diagnostic médical (hyperactif), il est juste « un peu plus » ou « un peu trop » : trop gai, trop bruyant, trop effacé, trop maladroit, trop rêveur, trop entêté… et on l’ADORE ! Les parents, qui n’interviennent pourtant qu’en arrière-plan, sont également remarquables, aimants, attentionnés sans être trop protecteurs ni aveugles. Le roman est d’ailleurs parsemé de personnages secondaires beaucoup plus « convenables » en apparence que Zinkoff et pourtant sacrément étranges : ainsi « l’Homme qui attend » au 900 rue du Saule (il attend le retour de son frère porté disparu au Vietnam 32 ans plus tôt), ou encore ce garçon, Hector Binn, avec qui Zinkoff se lie un moment (il collectionne son cérumen pour en faire une bougie), ou encore Claudia (« la petite fille à la laisse » )… Arrivé au collège, la situation de Zinkoff se normalise… et empire : « Ici les pendules ne disent rien d’autre que l’heure et Zinkoff n’est même pas nul. Il est moins que ça. Il n’est personne. Et, bien avant les premiers flocons, il s’efface complètement ». Au final, et après avoir frôlé le drame, nous sommes face à l’histoire d’une réussite aux antipodes des succes-story classiques : il a fallu 250 pages à Zinkoff pour arriver à se faire admettre dans une équipe, et pourtant c’est un immense succès, une joie profonde, ses camarades le « reconnaîssent » enfin, et le choisissent pour ce qu’il est, Zinkoff. par Corinne Chiaradia
Date de publication de l'article : mercredi 13 juin 2007. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. |
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