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Grand, épaules larges (forcément larges), tatouage sur lecou et petite barbiche taillée au cordeau, Serge Simon enimpose. Joueur de rugby aux grandes heures du club bèglais,ancien international et champion de France en 1991 et 1998, il estretraité des mêlées depuis 1999, mais continue defaire vivre sa passion du sport dans ses engagements personnels etprofessionnels. — Comme libraires et mères d’enfants sportifs et/oulecteurs, il nous semble que ces deux pratiques sont souvent exclusivesl’une de l’autre. Sportif, vous écrivez pourtant… Enfant,comment s’articulaient pour vous le sport et la lecture ? — Lisez-vous des livres sur le sport ? — N’est-ce pas lié au fait que ce sont des sportscollectifs ? La fiction fonctionne souvent sur l’identificationà un héros, ce qui est plus difficile àréaliser en mettant en scène des sports collectifs. Par ailleurs, le rugby repose sur un socle de valeursparticulières, et que l’on brandit assez facilement. Dansles tribunes, on n’entend pas de chants humiliants, d’injures et iln’y a pas de cordon sanitaire autour des stades. Le rugby, pourreprendre les travaux de Sébastien Darbon, un ethnologueaquitain, possède une culture : on ne joue pas au rugby, ondevient rugbyman, et on le reste à vie. On devientdéfenseur de cette culture dans une fraternité et unesolidarité qui peut parfois, avec ses excès, tournerà la maçonnerie. Lors d’un match de rugby, il n’y a dansle stade que des gens qui appartiennent à ce monde et sontdépositaires de la chose elle-même. Se mal conduire dansle monde du rugby est impensable, même s’il y a desimbéciles partout. Nous sommes très fiers de notre sport.C’est un peu comme d’aller à l’église pour les croyants,si vous vous y rendez, c’est que vous acceptez les règles et quevous respectez le lieu et ceux qui s’y trouvent. Il y a une partd’autocensure et de censure dans cet état de fait et quandquelqu’un se comporte mal dans un stade, les personnes présentesinterviennent. Le foot et le rugby sont issus du même sport ; depuis lascission, qui a eu lieu en 1846, ils ont évolué vers deuxmondes où le rapport entre les supporters et la pratique sontfondamentalement différents. Il n’y a pas les mêmesremparts dans la culture du foot. Au rugby, on se met « desmarrons dans la gueule » sur le terrain, mais aprèsle coup de sifflet final, on va boire des mousses ensemble. Comme debraves types, courageux, durs au mal... Le meilleur exemple de cetteculture nous vient d’Irlande : les matchs Irlande / Angleterre nedonnent jamais lieu à des débordements dans les tribunes,et pourtant il est évident que ce qui se passe sur le terrain,entre deux pays en guerre, c’est bien plus qu’un simple jeu de balle.À la fin des matchs, tout le monde se retrouve dans les pubs deDublin... et chacun retourne à sa guerre après.... — Et pour en revenir aux enfants... D’une manière plus générale, il y ades choses extrêmement bonnes dans le sport, et encore plusaujourd’hui avec nos modes de vie sédentaires. Lasédentarité a un coût trèsélevé sur la santé publique, elle est àl’origine de 40 % des maladies cardio-vasculaires… Il estindispensable de faire un minimum de trente minute d’effort physiquesoutenu par jour. La société a complètement perducela de vue. Il y a des plans de santé publique contre letabagisme, contre la malbouffe, mais remettre les gens dans l’effortphysique... Pour ce faire, il faudrait repenser l’urbanisme,l’environnement, repenser la ville autour des piétons et fairedes pistes cyclables. Certes, il faut manger mieux, mais le pendant decela est de retrouver l’activité physique : faire sortir lesenfants deux heures par jour, leur faire faire des activités deplein air, donner des cours dehors... Ce sont des choses qui sepratiquent dans certains pays du Nord de l’Europe. — Nous avons été frappées, au cours de noslectures de romans et documentaires sur les sports, de lasurvalorisation de la compétition dans ces livres. Toujours surle ton du « Je serai un grand champion ! » — Des enfants de quel âge ? Toutes les politiques sportives doivent replacerl’épanouissement individuel au centre du projet. Il estimpératif de prendre du recul par rapport à une politiquequi s’auto-alimente et dans laquelle l’individu est secondaire. Danscertaines institutions sportives, plus on forme de champions, plus ilsont de médailles, plus il y a de ressources, sous la forme desubventions... C’est une logique institutionnelle qui pousse àdétecter des champions de plus en plus efficacement audétriment de l’intérêt réel du jeune– de celui qui va devenir champion, comme celui qui seralaissé sur le carreau parce qu’il aura échoué à le devenir. La politique du sport en France s’eststructurée autour de cela. Et c’est de pire en pire dans unesociété consommatrice de performances. C’est ledarwinisme absolu : la sélection du plus fort. — Il faut donc parler aux enfants et dans les livres qui leursont dédiés, du plaisir de faire du sport, avant tout,plutôt que de la compétition et ne pas leur cacherles dangers de la pratique sportive intensive. Vous écrivez,avez-vous déjà eu envie d’écrire pour les enfants ? — Alors, avis aux éditeurs.... Entretien réalisé à Bordeaux, le 6 avril 2007 Lire Serge Simon... • On n’est pas là pour être ici. Dictionnaire absurde du rugby, éd. Prolongations, nov. 2006. • « Le cœur de la mêlée », nouvelle in : Rencontresovales. Nouvelles de rugby, éd. Culture Suds, 2004 • Homophobie France 2004, éd. Le Bord de L’eau, sept. 2004 par Corinne Chiaradia, Ariane Tapinos Date de publication de l'article : jeudi 20 septembre 2007. Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page. | Librairie membre de | ||
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