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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Entretien
UNE RENCONTRE AVEC SERGE SIMON
souligne
... où il est question d’épanouissement, de sport, de livres, de santé et de quelques mousses.

Grand, épaules larges (forcément larges), tatouage sur lecou et petite barbiche taillée au cordeau, Serge Simon enimpose. Joueur de rugby aux grandes heures du club bèglais,ancien international et champion de France en 1991 et 1998, il estretraité des mêlées depuis 1999, mais continue defaire vivre sa passion du sport dans ses engagements personnels etprofessionnels.
Médecin, il a créé et dirige le Centred’accompagnement et de prévention pour les sportifs (CAPS)rattaché au CHU de Bordeaux. Il a étéprésident de Provale, le syndicat des joueurs de rugbyfrançais et consultant sportif pour la télévision.Il a fait une percée dans la littérature et estdéjà l’auteur de plusieurs nouvelles et essais.
Il nous parlé avec une passion communicative du rugby, maisaussi de l’éducation au sport, des politiques publiques du sportet de la santé, des livres...

— Comme libraires et mères d’enfants sportifs et/oulecteurs, il nous semble que ces deux pratiques sont souvent exclusivesl’une de l’autre. Sportif, vous écrivez pourtant… Enfant,comment s’articulaient pour vous le sport et la lecture ?
Serge Simon : Je ne lisais pas et c’est un grand regret d’enfant. Je n’ai pasété élevé dans une culture de la lecture.Mes parents sont issus d’un milieu modeste, immigrés,commerçants. Je ne les ai jamais vu lire un livre. Aujourd’huije lis beaucoup, beaucoup... Je dis souvent à mes enfants :« toutes les réponses sont dans leslivres » ; en fait, je dis : « toutesles réponses... » et mes filles complètent :« ...sont dans les livres, papa, on sait ! »J’ai découvert la lecture quand j’avais vingt ans,grâce à un interne en médecine, qui arépondu ainsi aux nombreuses questions que je me posaisalors…
La lecture est plus importante encore aujourd’hui qu’hier, parce que satemporalité s’oppose à la fulgurance des nouveauxmédias. La temporalité du livre est difficile àsauvegarder, elle nécessite plus d’attention et d’intelligence.Notre nature biologique est pourtant plutôt de cetordre-là : se poser, prendre du temps... Toutes choses tellementdifférentes du rythme des médias, de l’Internet...

— Lisez-vous des livres sur le sport ?
Sport et livres se marient assez mal. À propos derugby, beaucoup de livres pour adultes sont en réalitétrès décevants. Un peu comme pour le cinéma :certains sports s’y prêtent bien ; il y a des filmsmagnifiques qui mettent en scène des boxeurs, par exemple. Maisrien sur le foot ou le rugby. Ces sports engagent plus le corps quel’esprit, et perdent énormément de leur substance dans ladescription.

— N’est-ce pas lié au fait que ce sont des sportscollectifs ? La fiction fonctionne souvent sur l’identificationà un héros, ce qui est plus difficile àréaliser en mettant en scène des sports collectifs.
Je ne suis pas sûr que ce soit la seule explication. Jepourrais faire une comparaison avec la cuisine : tout le monde cuisine,mais la description de la cuisine n’intéressera qu’uneminorité. Dans les deux cas, ce sont deux chosesdifférentes que de faire et de lire, ou de voir. Ce quiest important dans le sport, dans le rugby, c’est que cela nous renvoieà une pratique personnelle : au faire. Je suis un trèsmauvais spectateur de sport, je ne regarde que très peu lesmatchs à la télévision. Même êtresupporter est une activité physique.
Pour en revenir aux livres, il y a cependant des exceptions, commePetits Bruits de couloir, de Philippe Guillard, aux éditions deLa Table Ronde. Dans ce livre, l’auteur, qui est joueur, arriveà approcher l’essence du rugby. Il y a égalementbeaucoup de titres sur l’histoire du rugby, dont Les Fondamentaux durugby moderne de Pierre Conquet (éd. Vigot, 1995). C’est leCoran des rugbymen !

—Si livres et sport se marient aussi mal, n’est-il pas contradictoired’écrire sur le rugby comme vous le faites ?
Oui ! Mais j’y prends beaucoup de plaisir !

— Parlons un peu des représentations du rugby dans lalittérature jeunesse. Dans les quelques romans qui traitent durugby (et ils sont bien moins nombreux que ceux autour dufoot...), le rugby est toujours décrit comme un sportformidable, pratiqué et supporté par des gens formidables ! Pas de nationalisme, pas de bagarres parmi les supporters, esprit detolérance, et même des équipes mixtes ! Est-ce quela réalité ressemble à la fiction ?
Oui ! Les équipes mixtes, notamment, existent bien, chezles plus jeunes. Et l’expérience de la mixité dans cecontact des corps imposé par le rugby est parfoisrévolutionnaire pour des enfants, en particulier ceux issus del’immigration et de cultures dans lesquelles les relations hommes /femmes obéissent à des codes culturelsdifférents des nôtres. Les expériences de ce typesont très intéressantes. Ces enfants découvrentque les filles peuvent être rageuses et époustouflantessur un terrain de rugby. Par le corps, les garçons apprennenténormément à leur insu surl’égalité.

Par ailleurs, le rugby repose sur un socle de valeursparticulières, et que l’on brandit assez facilement. Dansles tribunes, on n’entend pas de chants humiliants, d’injures et iln’y a pas de cordon sanitaire autour des stades. Le rugby, pourreprendre les travaux de Sébastien Darbon, un ethnologueaquitain, possède une culture : on ne joue pas au rugby, ondevient rugbyman, et on le reste à vie. On devientdéfenseur de cette culture dans une fraternité et unesolidarité qui peut parfois, avec ses excès, tournerà la maçonnerie. Lors d’un match de rugby, il n’y a dansle stade que des gens qui appartiennent à ce monde et sontdépositaires de la chose elle-même. Se mal conduire dansle monde du rugby est impensable, même s’il y a desimbéciles partout. Nous sommes très fiers de notre sport.C’est un peu comme d’aller à l’église pour les croyants,si vous vous y rendez, c’est que vous acceptez les règles et quevous respectez le lieu et ceux qui s’y trouvent. Il y a une partd’autocensure et de censure dans cet état de fait et quandquelqu’un se comporte mal dans un stade, les personnes présentesinterviennent.

Le foot et le rugby sont issus du même sport ; depuis lascission, qui a eu lieu en 1846, ils ont évolué vers deuxmondes où le rapport entre les supporters et la pratique sontfondamentalement différents. Il n’y a pas les mêmesremparts dans la culture du foot. Au rugby, on se met « desmarrons dans la gueule » sur le terrain, mais aprèsle coup de sifflet final, on va boire des mousses ensemble. Comme debraves types, courageux, durs au mal... Le meilleur exemple de cetteculture nous vient d’Irlande : les matchs Irlande / Angleterre nedonnent jamais lieu à des débordements dans les tribunes,et pourtant il est évident que ce qui se passe sur le terrain,entre deux pays en guerre, c’est bien plus qu’un simple jeu de balle.À la fin des matchs, tout le monde se retrouve dans les pubs deDublin... et chacun retourne à sa guerre après....

— Et pour en revenir aux enfants...
Il y a là quelque chose de très intéressantau niveau de l’éducation, dont les gens n’ont pas assezconscience. On l’exploite très, très mal. La violencepeut être mal utilisée alors que, sur un terrain de rugby,elle est codifiée. Et cette codification a des vertuséducatives évidentes. Ce que j’aimerais voir dans leslivres pour enfants, c’est ce message que je n’ai pas eu quandj’étais gamin. Des livres qui expliqueraient aux jeunes ou auxéducateurs ce qu’ils ont entre les mains avec le sport, ce quel’on pourrait en faire.

 D’une manière plus générale, il y ades choses extrêmement bonnes dans le sport, et encore plusaujourd’hui avec nos modes de vie sédentaires. Lasédentarité a un coût trèsélevé sur la santé publique, elle est àl’origine de 40 % des maladies cardio-vasculaires… Il estindispensable de faire un minimum de trente minute d’effort physiquesoutenu par jour. La société a complètement perducela de vue. Il y a des plans de santé publique contre letabagisme, contre la malbouffe, mais remettre les gens dans l’effortphysique... Pour ce faire, il faudrait repenser l’urbanisme,l’environnement, repenser la ville autour des piétons et fairedes pistes cyclables. Certes, il faut manger mieux, mais le pendant decela est de retrouver l’activité physique : faire sortir lesenfants deux heures par jour, leur faire faire des activités deplein air, donner des cours dehors... Ce sont des choses qui sepratiquent dans certains pays du Nord de l’Europe.

— Nous avons été frappées, au cours de noslectures de romans et documentaires sur les sports, de lasurvalorisation de la compétition dans ces livres. Toujours surle ton du « Je serai un grand champion ! »
Il y a des choses mauvaises dans le sport. Des choses quis’apparentent, de près ou de loin, à de la maltraitance.Souffrance, douleur, obsession de la performance, pression sociale...Je prends ma casquette de médecin : au CAPS, nous recevonsdes enfants en dépression. Ce sont des champions, alors personnen’imagine qu’ils puissent aller mal. Au contraire, on considèrequ’ils vont forcément bien, et pourtant ils sontréellement en dépression.

— Des enfants de quel âge ?
Des ados, des préados... Il y a des chosesextrêmement néfastes dans le sport, et qui sont encontradiction avec la croyance populaire qui veut que « plustu en fais, plus c’est bon ».
 
— Vous avez développé le concept de d’addiction ausport, en expliquant que la pratique intensive peut êtrenocive. Peut-on le quantifier ? À partir de quel momentpasse-t-on d’une pratique récréative à uneaddiction ?
C’est une science molle, la limite est variable. Il y a lesmotivations personnelles, intrinsèques, mais aussi le rapportà la norme, l’influence de l’environnement. Le seulmarqueur valable est le bien-être de l’enfant, et ce n’estpas qu’une incantation. Il faut toujours placer l’enfant et sonéquilibre au centre du projet. Ça a l’air d’un poncif,mais quand il s’agit de sport, tout le monde dit que c’est formidableet du coup, personne, ou presque, n’exerce de vigilance. Or la pratiquedu sport, c’est l’accès à l’enfant, au corps del’enfant...
Cependant, dans un projet éducatif qui vise à l’épanouissement personnel, il peut y avoir la pratiqueintensive d’un sport. Le sport, même intensif, peut apporter unestabilité, un équilibre, à un enfant inquiet, quine trouve pas sa place par ailleurs. À l’opposé, lapratique du sport sera délétère pour unautre enfant, même si elle n’est pas intensive.

Toutes les politiques sportives doivent replacerl’épanouissement individuel au centre du projet. Il estimpératif de prendre du recul par rapport à une politiquequi s’auto-alimente et dans laquelle l’individu est secondaire. Danscertaines institutions sportives, plus on forme de champions, plus ilsont de médailles, plus il y a de ressources, sous la forme desubventions... C’est une logique institutionnelle qui pousse àdétecter des champions de plus en plus efficacement audétriment de l’intérêt réel du jeune– de celui qui va devenir champion, comme celui qui seralaissé sur le carreau parce qu’il aura échoué à le devenir. La politique du sport en France s’eststructurée autour de cela. Et c’est de pire en pire dans unesociété consommatrice de performances. C’est ledarwinisme absolu : la sélection du plus fort.

— Il faut donc parler aux enfants et dans les livres qui leursont dédiés, du plaisir de faire du sport, avant tout,plutôt que de la compétition et ne pas leur cacherles dangers de la pratique sportive intensive. Vous écrivez,avez-vous déjà eu envie d’écrire pour les enfants ?
Je n’y avais jamais pensé jusqu’à aujourd’hui, mais pourquoi pas... !

— Alors, avis aux éditeurs....

Entretien réalisé à Bordeaux, le 6 avril 2007


Lire Serge Simon...
On n’est pas là pour être ici. Dictionnaire absurde du rugby, éd. Prolongations, nov. 2006.
• « Le cœur de la mêlée », nouvelle in : Rencontresovales. Nouvelles de rugby, éd. Culture Suds, 2004 
Homophobie France 2004, éd. Le Bord de L’eau, sept. 2004
par Corinne Chiaradia, Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : jeudi 20 septembre 2007.

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