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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Roman ado
La Vague noire [1990]
souligne

Michèle KahnÉd. Actes Sud junior, coll. Les Couleurs de l’histoire, fév. 2003190 pages - 7, 50 €À partir de 12 ans


La Vague noire relate l’histoire de la famille Bernheim, de novembre 1938 à septembre 1949. Une famille parisienne aisée (le père, Gaston, est médecin, la mère, Alice, modiste), un couple uni autour de deux enfants (Julien et Solange) et d’une parentèle colorée (dont le fameux Gaston, gérant du bistrot-restaurant "Le Bœuf limousin"). Seule particularité, c’est une famille "mixte" : autrement dit, une partie est juive, tandis que certains oncles, tantes, cousins ne le sont pas. Le livre s’organise en trois grandes parties, un "avant" et un "après" encadrant le cœur noir de l’histoire qui relate la déportation de Solange aux camps de Birkenau, Bergen-Belsen puis Theresienstadt, d’avril 1944 à mai 1945. Une petite note en fin de volume précise que "la première est la troisième partie sont des textes romancés, alors que la deuxième partie reproduit un récit authentique". Au début du livre Solange a dix ans, c’est une enfant gaie, curieuse, impatiente, décidée comme sa mère "à participer avec bonheur à l’harmonie de ce bel automne" 1938. Ses origines, sa religion... Ces questions ne l’intéressent que son l’angle "romantique" (l’enlèvement de sa future grand-mère à des parents juifs pratiquants par un Alfred catholique, amoureux passionné et féru de théâtre). Bien que bousculée par la vie et les événements - les Bernheim fuient en zone libre après la drôle de guerre, tandis que Gaston est prisonnier - elle reste un "feu follet" qui rêve d’amour et de beauté (et aussi un peu d’altruisme : elle participe à un club scout). Elle a juste seize ans quand elle est arrêtée à Rodez, dix-sept à son retour de déportation. C’est peu dire que ces treize mois ont concentré, accéléré, absorbé comme en un trou noir, les dix années que parcourt le livre. Cette distorsion du temps vécue par Solange est un des faits saillants du roman de Michèle Kahn, particulièrement sensible dans la dernière partie qui relate les difficultés du retour à un quotidien faussement apaisé. Solange n’a pas "grandi" ou "vieilli" au long de ces années, son adolescence a littéralement implosé pour en faire "une femme effacée". L’expression fait référence à un poème (La Terre où vous vivez / dans le présent s’éloigne... / J’aime à jamais une femme effacée / dont le corps est cratère et le sein cordillière) dont l’auteur croise le chemin de Solange a plusieurs moments de sa vie, le poème se chargeant d’un sens différent à chaque rencontre. Aux dernières pages du roman, Solange entrevoit la sortie de cet effacement, elle commence à "reprendre forme" (se réapproprier son corps, sa vie, son avenir), comme une image qui retrouve sa netteté.À signaler encore qu’autour de ce personnage central, l’auteur esquisse le portrait d’une époque et de ses acteurs (la France de l’Occupation, lâchetés et générosités croisées) et entoure son "héroïne" de quelques belles figures, dont une mère exemplaire d’énergie et d’audace.

par Corinne Chiaradia

Date de publication de l'article : mardi 1er février 2005.

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