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Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
Témoignage
35806
souligne
Mémoires de l’enfer [2003]

Ytic FeldmanÉd. Écrire, Paris, février 2003127 pages - 6,90 €À partir de 14 ans


C’est à la demande de ses petits-enfants qu’Ytic Feldman a entrepris d’écrire ses "mémoires de l’enfer" qui portent en titre son numéro de matricule à Auschwitz. À ses deux enfants, Ytic n’avait pas parlé de la déportation (la sienne et celle de sa femme, Helena), ne voulant pas "leur inculquer la haine des Allemands" et cherchant à ce "qu’ils aient des parents comme les autres". Né à Sighet (Transylvanie) en 1924, Ytic Feldman fut déporté à Auschwitz en mai 1944. Il sera interné jusqu’en février 1945, neuf mois qui hantent ses nuits de cauchemars à jamais. Son récit débute le 1er mai 1940, date de l’invasion de la province roumaine de Transylvanie par les troupes de l’armée hongroise, pro-nazies. Il se conclut en janvier 2003. Ainsi que le précise l’éditeur dans sa préface "Le récit d’Ytic Feldman n’est pas un récit d’écrivain. C’est celui d’un homme qui a quitté l’école à quinze ans, qui a appris le français à vingt-trois, d’un homme qui après la guerre a courageusement fondé une famille à partir du néant dans un pays étranger. Il a consacré le plus clair de son existence au travail, a passé des années à tout reconstruire dignement, sans une plainte." Fils d’un cordonnier d’origine polonaise, Ytic est issu d’une famille tout à fait "anodine" : ni riche ni vraiment pauvre, sans religiosité, non engagée politiquement, une famille " sans histoires ". Il est hors de question d’établir des hiérarchies qui pourraient laisser à penser aux pervers que certains Juifs "méritaient" plus que d’autres le sort qui leur a été fait, mais nul doute que ces origines modestes, si "banales", confèrent à ces mémoires un impact direct, immédiat, renforcé par la simplicité même du langage employé. Les mots sont simples, mais les événements et les situations décrites n’ont rien de simplistes. Ytic déroule le fil de sa vie sans se livrer à l’analyse, laissant béante la part de l’incompréhensible, de l’inattendu dans le bonheur et dans l’horreur. Il n’y a pas place ici pour une humanité toute blanche ou toute noire, l’adolescent a croisé des Roumains antisémites et d’autres fidèles en amitié, des soldats allemands, hongrois, russes, anglais dont certains furent bienveillants et d’autres d’une cruauté sans nom, sans qu’il puisse associer définitivement un comportement à une nationalité. À cet égard les souvenirs de sa femme Helena sont encore plus douloureux. Si le récit de la vie dans le camp de concentration est particulièrement âpre mais soutenu par une force de survie énorme, celui des années d’après-guerre laisse affleurer le désespoir. Au cours des mois qui suivirent la Libération, la poursuite des humiliations, le racisme, la misère, la négation même qu’affronte le jeune couple (marié à Bergen-Belsen) ont failli avoir raison de sa force, amenant à cette phrase terrible en 1946 : "Nous n’avions pas d’espoir de rechange". Un sentiment d’abandon qu’éprouvèrent nombre de rescapés, et que Simone Veil a exprimé par ces mots : "Nous avons eu l’impression que nos vies ne comptaient pas alors que, pourtant, il y avait déjà si peu de survivants."

par Corinne Chiaradia

Date de publication de l'article : mardi 1er février 2005.

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