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Témoignage
Chaque mot est un cri. Auschwitz 1944-1945 [2003]
souligne

Olly Ritterband
Traduit du danois par Olivier Gouchet. Préface de Simone Veil.Éd. Esprit ouvert, coll. Le Jeune Lecteur, Suisse, février 200394 pages - 12 €À partir de 12 ans.


Alors que la guerre touche à sa fin, les nazis poursuivent leur œuvre de mort. Mai 1944 : Eichmann organise la déportation des juifs hongrois. 100 personnes par wagon. 100 wagons par jour . 450 000 Juifs de Hongrie prennent le chemin d’Auschwitz."3 mai 1944 : on est venu nous chercher, ainsi que les autres familles juives de la ville".À partir de cette date, la vie d’Olly , adolescente juive hongroise, bascule dans l’horreur. Fin mai elle arrive avec ses parents, son frère et sa sœur, au camp d’Auschwitz-Birkenau, au terme d’un terrible voyage à travers la Hongrie aux mains des nazis depuis le mois de mars. Immédiatement après sa libération, elle consigne par écrit ses souvenirs des camps de la mort. Sa lutte quotidienne pour la survie du corps et de l’âme. Ses interrogations cruelles et naïves. Elle mettra des mois avant de comprendre - et d’admettre - que la cheminée qu’elle aperçoit au loin, n’est pas celle d’une banale usine et que le feu qu’on y entretient est celui des corps qui brûlent dans les fours crématoires. Son témoignage, comme le dit très justement Simone Veil dans sa préface, pourrait faire suite à celui d’Anne Frank, interrompu au seuil de la déportation, lors de l’arrestation de la famille Frank. Olly Ritterband, comme la jeune hollandaise, raconte avec les mots d’une toute jeune fille, "l’apprentissage de la souffrance et de la mort" (S. Veil). Elle découvre l’arbitraire, la cruauté de l’homme envers ses semblables. L’absurdité du monde concentrationnaire tout entier dédié à l’annihilation de l’humain dans l’homme. Comme l’a écrit Primo Levi dans Si c’est un homme : "le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme". C’est cette expérience-là que nous livre Olly Ritterband. Son écriture est rapide, presque sèche. Point d’atermoiements. Aucun artifice littéraire. Il s’agit avant tout de garder la trace de la folie nazie. On l’imagine, à peine sortie de l’enfer d’Auschwitz, puis de Bergen-Belsen, écrire dans l’urgence de la mémoire qui se dérobe à l’horreur du souvenir. On sent dans ses mots le besoin d’éloigner la douleur et de ne garder que des éléments factuels. On sait aujourd’hui l’importance de ces récits et de leur précision. Olly écrit : "Ensuite nous sommes placées deux par deux et ils commencent à nous couper les cheveux. Ils le font à la tondeuse et ils coupent aussi les poils des autres parties du corps. Quand c’est terminé, nous passons dans la salle de douche, par paquets de cinquante, et tout va très vite" et chacun de ses lecteurs saura que cela a existé. Le témoignage ne peut suffire à l’historien, mais il peut, comme ici, permettre la transmission de l’Histoire. Celle d’une adolescente terrifiée qui s’adresse par-delà les années et la douleur, aux adolescents d’aujourd’hui.

par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : mardi 1er février 2005.

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