album

Même les mangues ont des papiers

Article rédigé par Ariane Tapinos

Yves PINGUILLY (texte) & Aurélia FRONTY (ill.)
Éd. Rue du Monde, octobre 2006 - 14 €

Momo et Khady imaginent lemonde depuis leur village d’Afrique. En regardant le soleil revenir,chaque matin, de son voyage de l’autre côté du monde, Momorêve de découvrir à son tour cettemystérieuse partie du monde. Il imagine que là-bas, ilpourra travailler pour « soigner et nourrir » samère et ses sœurs. Khady essaie de l’en dissuader avechumour : « Là-bas, de l’autre côté de laterre ronde, le monde est l’envers. Il marche sur la tête ! ». Plus sérieusement, Momo est prêt àattendre d’avoir grandi pour faire le voyage. Il attendra que sa vie,comme les mangues, soit mûre pour partir. « Plusieurssaisons des pluies... et plusieurs saisons sèches »passent et, comme les mangues, Momo et Kadhy, sont prêts. Ils secachent dans un grand camion, au milieu des fruits mûrs et seglissent à bord d’un grand navire. Au matin, le bateau aquitté le quai mais l’autre côté du monde estencore très loin quand Momo et Kadhy, à peine sortis deleur cachette, sont repérés par des marins qui leurréclament leurs papiers... Leurs papiers ? En fouillant leurspoche, ils trouvent un vieux journal et un poème apprit àl’école. Le capitaine leur explique que les mangues, elles, ontdes papiers. Elles sont « enregistrées,numérotées... tamponnées ». Elles,elles ont le droit de voyager. Rien de tel pour Momo et Kadhy quidoivent débarquer. Momo pleure l’aide qu’il ne pourra apporterà sa famille, mais Kadhy sait trouver les mots qui consolent.Elle lui dit : « Momo, toi et moi ensemble, nous sommes lemonde entier. Chacun une moitié ; Àégalité. »

Un album lumineux qui raconte tout en douceur l’histoire tragique deces hommes et ces femmes qui quittent leur pays, attirés par lesmirages de l’occident. Ici, l’histoire se termine au mieux pour Momo etKadhy, pas de papiers, pas de voyage. Dans la réalité,parfois la mort, souvent la misère sont au bout du voyage. MaisMomo et Kadhy apprennent avec désarroi que de l’autrecôté du monde, les humains sont moins bienvenus que desfruits mûrs et que chacun, homme, femme, fruit, marchandise, doitavoir « ses papiers ». Une belle manièred’expliquer aux petits une réalité à la foisabstraite et absurde. Une manière presque trop belle... Riendans la clarté des splendides illustrations d’AuréliaFronty ne nous fait percevoir la misère qui pousse tant d’hommeset de femmes à quitter leurs rivages ensoleillés.