Roman ado

29 février

Article rédigé par Corinne Chiaradia

Rémi Stéfani
Éd. Rageot, coll. Métis, sept 2004
215 pages - 8,50 €

C’est l’histoire d’unejournée (34 heures exactement) qui va changer la vie deLéo. Ce jeune homme, employé d’une entreprise de pompesfunèbres (clin d’œil à Six feet under ?) est parti pour une traversée pénarde de la France (del’Alsace au Pays basque), convoyant dans son corbillard ladépouille de feu Joseph Bardot. Mais le mort se réveilleet prend la direction des opérations...

A priori le ressucité a tout pour déplaireà Léo : un costume jaune ridicule, des certitudes assisessur une grande fortune, l’aisance de ceux qui ont "réussi" et unpassif : il y a quelques années, Léo et son pèreont fait partie d’une "vague" de licenciements de l’entreprise deBardot... Pourtant les deux hommes vont s’apprivoiser mutuellement, et"le vieux", en verve de confidences, dévoilera àLéo les secrets de son passé, et ce faisantl’amènera à douter de son propre présent et de sonavenir...

Une lecture qui procure un vif plaisir, désorientant parfois lelecteur par l’emprunt des chemins de plusieurs "genres"littéraires : un peu roman noir, un peu fantastique (voir lepersonnage d’Achille, messager du destin un rien"méphistophèlique"), un peu existentiel, parfoisgrotesque. 29 févrierest un savoureux mélange de noirceur et de romantisme, de romansocial (l’affrontement du fils d’ouvrier et du grand patron) et de road movie.Mélange très réussi, réhaussé parune construction en allers-retours temporels où l’imbricationpassé-présent est très efficace, de même quel’intervention de différents narrateurs, qui apporte de l’airà ce qui aurait pu être un voyage en huis-clos (dans lacabine du corbillard). Le lecteur partage les doutes, les surprises,l’incrédulité du personnage principal (Léo), lamise à l’épreuve de ses certitudes et son sursaut « vital ».