Album conte

Les Corbeaux de Pearblossom

Article rédigé par Boris Barbieri

Aldous Huxley (texte) & Béatrice Alemagna (ill.)
Éd. Gallimard jeunesse, octobre 2005- 11,90 €

Un paisible couple de corbeauxa perché son nid dans un arbre de la petite ville dePearblossom. Mais leur quiétude est régulièrementtroublée par un serpent, qui gobe chaque après-midi lesœufs pondus la veille par Madame. Monsieur Corbeau va demanderconseil à son ami Vieux Hibou...

On n’attendait pas l’auteur du Meilleur des mondes sur le terrain de la littérature jeunesse. Les Corbeaux de Pearblossomest d’ailleurs le seul conte pour enfants qu’il ait écrit,à destination de sa nièce, Olivia, durant les vacances deNoël 1944.Olivia et ses parents habitaient à Pearblossom, petite villesituée à quelques kilomètres de lapropriété des Huxley. L’environnement dépeint parl’écrivain est donc très familier à la fillette :la maison aux bardeaux de bois, le peuplier qui la jouxte, lapropriété des Yost et son champ de luzerne, toute cettetopographie est authentique.L’impression qui ressort du conte, c’est qu’il n’émane pas d’un« pro » de la littérature jeunesse – et cen’est pas plus mal. Le récit est plein de bizarreries, lasophistication du moyen par lequel les corbeaux se débarrassentdu serpent, le relief très particulier des personnages (leséchanges acides du couple de corbeaux, les caractères duhibou et du serpent), tout cela dénote une rafraîchissanteignorance des structures et des schémas narratifs usuels –bien que cette science du récit soit d’une supérieurehabileté.Les illustrations de Béatrice Alemagna privilégient lescadrages rapprochés, les « gros plans », mettantl’accent sur les détails au détriment du dessind’ensemble, bricolant un univers-puzzle qu’on n’appréhendejamais vraiment dans sa globalité. Univers baignant dans unelarge palette de verts et de bruns qui sentent le vieux bois et lesfeux de broussaille. Univers aux angles aigus, tranchants, y comprischez le serpent, réservant au hibou et aux œufs postichesqu’il fabrique pour aider M. Corbeau, une rondeur trompeuse : chez lepremier, elle masque la vivacité de l’intelligence et dessavoirs ; chez les seconds elle arrondit le potentiel d’arme fatale aureptile.Le soin apporté au papier, à la reproduction des couleurset à l’insertion des pavés de texte achève defaire de cet album un très bel objet, un météoreaux reflets vert olive qui adoucira les rigueurs de l’hiver.