Roman ado

La Ballade de Lucy Whipple

Article rédigé par Mireille Penaud

Karen Cushman
Traduit de l’américain par Raphaël Fejtö
Éd. L’École des loisirs, coll. Médium
Novembre 2002, 207 pages - 10,50 €

Une ballade, ça « raconte des choses extraordinaires vécues par des gens ordinaires  ».L’extraordinaire, c’est l’époque où sedéroule cette histoire, celle de la ruée vers l’ordans l’Ouest américain. L’ordinaire, c’estLucy Whipple la narratrice, une petite fille de douze ans quin’aime rien tant que la sécurité, latranquillité, la tendresse de ses grands-parents, tous lesbienfaits de la civilisation et par-dessus tout la lecture. Aussi quandsa mère, fraîchement veuve, décide de quitter sonMassachusetts natal et d’aller avec ses quatre enfants ouvrir unepension de famille pour chercheurs d’or en Californie (àcinq mois de bateau + un de carriole !) Lucy est très encolère. Il faut dire que Lucky Diggins n’est pas une villemais « un tas de boue et d’ordure  »où se dressent quelques tentes dont un saloon et la fameusepension de famille. De l’or, point, mais des chercheursd’or, oui : dépenaillés, soûlards, sales,frustres... Lucy refuse de voir, comme maman Whipple l’yencourage, l’immensité et la beauté de la naturealentour : elle veut rentrer à la maison, c’est tout. Maisça, c’est un rêve et d’abord il fautretrousser ses manches et donner un sacré coup de main àMaman qui n’en démord pas : leur nouvelle vie estlà, c’était le souhait de son mari, et ses quatreenfants (6 à 12 ans) sont énergiquement priés departiciper. Car il faut travailler dur pour tout construire àpartir de rien.On voit peu à peu une vraie communauté émerger :des maisons en bois remplacent les tentes, des rues se forment, desrelations sociales se tissent.

L’insolente Lucy nous raconte cette vie extraordinaire au jour lejour sans décolérer, et avec elle on passe du rire auxlarmes. Elle fait de pauvres économies pour revenir chez sesgrands-parents et elle leur écrit des lettres où elleexprime son regret du passé... Pourtant elle va se faire desamis à Lucky Diggins, et l’auteur campe de superbesportraits dignes des meilleurs westerns : « Jimmy le Barbu », un vrai géant, « ours si laid au cœur sitendre », un dandy qui n’a gardé de sapériode faste qu’un grand chapeau de soie noire,Joé, l’esclave noir en fuite, que Lucy va rapprocher de lacommunauté et à qui elle va proposer de prendre le beaunom de « Liberté », et puis ce prêtre errant,un peu fou et inquiétant, plutôt antipathique au premierabord, mais qui va se révéler être un compagnonplein de sagesse, d’humanité, de chaleur et de courage, etqui sera près de maman Whipple quand elle décidera,fidèle à son goût de l’aventure,d’aller encore plus loin vers l’Ouest. À cemoment-là Lucy a grandi : elle pourrait enfin retourner chez sesgrands-parents dans le Massachusetts, mais, contre toute attente, ellerestera à Lucky Diggins où elle réaliseramiraculeusement son « vrai désir le plus cher » : vivre entourée de livres.

Un roman dense mais facile à lire, irrésistible pour sonatmosphère de western, avec ses personnages de pionniers pleinsde vérité et de profondeur, et le mélanged’humour et d’émotion que l’auteur doseà la perfection.

PS :

Date de première publication de l’article : juin 2002.