pixelnoir pixelnoir pixelnoir
Librairie Comptines
Comptines & Compagnie
 
« Marre des politiques »
Philippe Godard nous répond...
souligne

En réaction à notre critique de son livre Marre des politiques (éd. De La Martinière), publiée le mois dernier, Philippe Godard a souhaité faire une mise au point sur ses intentions, ses arguments et les moyens qu’il emploie pour atteindre les adolescents, moyens que nous mettions en cause dans notre article.
Nous publions ici in-extenso sa réponse.
À la suite de votre critique de mon livre Marre des politiques, paru au début de cette année, je me permets de vous adresser quelques remarques. Tout d’abord, je me réjouis sincèrement que le livre incite au débat parce que c’était le but que je souhaitais atteindre. Je ne cherchais pas autre chose. Cet ouvrage vise à donner envie aux jeunes de s’intéresser à la politique. Si je force le trait, en ouvrant chaque chapitre par ce que vous appelez un « poncif », c’est pour dénoncer une dérive, et donc participer à la reprise en mains, par nous-mêmes, de nos propres affaires. Pour cela, j’ai apporté des arguments qui sont parfois «  faciles » comme je le reconnais moi-même – j’en suis tout à fait conscient et je le revendique – mais qui ne sont pas pour autant démagogiques ou faux. En revanche, lorsque vous reprenez l’un de mes arguments « faciles  » tel que « les politiques ne vivent pas comme nous  », et que vous omettez de citer un exemple éminent d’un homme politique ayant justement réussi à vivre « comme nous », à savoir le Mahatma Gandhi, je trouve que votre critique n’est pas très honnête car elle ne va pas jusqu’au bout de la démonstration.

D’autre part, quand vous reprochez au livre d’être plus prolixe sur les tares des hommes politiques que sur leur raison d’être et leur utilité, je vous invite à me relire car l’objectif même de l’ouvrage est de partir des « poncifs » entendus pour les examiner, les discuter puis les dépasser en proposant de redonner ses lettres de noblesse à l’engagement politique. Tout type d’engagement politique qu’il passe par les urnes ou pas.

Par ailleurs, je n’ai pas écrit que « politique féministe » et « politique féminine » seraient une seule et même chose, ce n’est pas cela que signifie cette phrase (p. 43). Il faut la replacer dans son contexte, qui est celui d’un questionnement : savoir si les femmes mènent ou pas des politiques différentes des hommes lorsqu’elles sont au pouvoir, et savoir si, en réalité, elles portent ou non des valeurs différentes. C’est au lecteur de se poser cette question, qui est à mon avis une véritable question politique à laquelle on peut apporter diverses réponses.

À la fin de votre article, il est erroné de dire, comme vous l’affirmez, que la façon que je propose « de faire autrement de la politique » se ramène à Arthus-Bertrand. Je vous signale tout d’abord que ses photos, accompagnées de commentaires souvent très politiques, ont été distribuées gratuitement dans tous les collèges de France qui en ont fait la demande ; ne pas en parler, ce serait adopter la politique de l’autruche, puisque à l’école, il ne faut pas parler de politique – et ne confondons pas éducation civique et politique, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas du tout son exemple que je cite le plus abondamment, mais celui de l’écrivaine indienne Arundhati Roy et sa critique des ONG (non publiée en France d’ailleurs), ou encore ceux de Malcolm X et de Clausewitz. Ce qui, vous en conviendrez, relève bel et bien de la politique pure. Votre critique a ainsi réduit mon livre à un brûlot fait de bribes de discussions recueillies au Café du Commerce, ce qu’il n’est à l’évidence pas.

Quant à votre post-scriptum, il pose une question très grave. Car vous affirmez que je m’engage sur une « pente savonnée par d’autres ». Le sous-entendu est assez clair : il s’agirait en l’occurrence de tous ceux qui se passeraient bien du personnel politique actuel pour exercer le pouvoir sans leur concours. En gros, les putschistes de toutes sortes, surtout à l’extrême droite peut-on supposer. Mais est-ce que, lorsque Royal propose d’envoyer l’armée dans les banlieues, vous la taxez de lepéniste ? Non, bien sûr, et ce n’est pas parce qu’une simple et petite idée qu’on exprime « ressemble » à une idée qu’exprime quelqu’un d’autre que l’on est forcément d’accord avec ce quelqu’un d’autre sur l’ensemble. Car la politique, une opinion politique, c’est un ensemble, un tout, et aussi une pratique. Procéder comme vous le faites est ainsi exactement l’inverse du débat politique : c’est de la polémique, voire de la mauvaise foi, que de réduire un argument en l’isolant d’un tout. Or, ce n’est pas non plus ce que j’ai fait dans mon livre, puisque vous reconnaissez dans votre critique que j’ai souvent donné des exemples et des contre-exemples. Donc, j’ai apporté des arguments à un lecteur qui réfléchit.

Je crois que le Rebelles publié chez Autrement, ou même Une histoire de l’eau chez le même éditeur prouvent l’un et l’autre que je suis partisan d’un nouvel humanisme, à réinventer vu l’état actuel de la politique telle que la pratiquent hélas les femmes et les hommes politiques qui nous dirigent, tous complices en cela de la toute-puissance du monde économique.
Votre dernier argument, sur le « pathétique » de ma méconnaissance du milieu rural, relève d’une interprétation. J’habite depuis treize ans dans une commune de 3500 habitants, je me suis même présenté une fois sur une liste aux municipales. Je ne dis qu’une seule chose dans mon livre : que nos élus, ici, on les voit, et on peut croire qu’ils sont plus « proches » de nous, mais c’est sans doute une illusion… Je suis bien placé pour confirmer que oui, comme vous le dites, ce sont très souvent des incompétents qui prétendent ne pas faire de politique alors qu’ils enfoncent chaque jour leur commune ou leur communauté de communes dans une démission totale. Mais dans mon livre, j’ai choisi de parler surtout des ténors.

Je vous remercie d’avance de publier cette mise au point, que j’estime pour ma part tout à fait nécessaire. Je regrette que le débat politique se résume souvent à échanger des arguments simplificateurs, sans rendre compte réellement de ce que dit tel ou tel. En l’occurrence, j’ai bel et bien essayé de proposer une vision de la « société civile » et de notre prise de parole qui rien à voir avec les simplifications outrancières que vous m’imputez.

Philippe GODARD

Date de publication de l'article : jeudi 15 mars 2007.

Imprimer l'article

Librairie membre de
l'Association des Librairies
Spécialisées Jeunesse
Avec nous, la lecture c'est pas sorcier !
Avec nous, la lecture
c'est pas sorcier !
Citrouille.net
www.citrouille.net

pixelnoir